Art et Guerre civile

La Guerre civile a duré presque mille jours en Catalogne. Pendant cette courte période, l’art utilise des supports modernes, comme l’affiche et la photographie, pour participer la à lutte contre le fascisme.

Avec la Guerre civile et la révolution, les arts adaptés à la nouvelle situation sont en plein essor : la photographie documentaire, qui reflète la réalité du front et de l’arrière et l’affiche, véhicule de mots d’ordre pour en appeler à la conscience des citoyens et les mobiliser. L’art de l’affiche catalane atteint un sommet pendant la Guerre civile, seulement comparable à celui de l’époque moderniste, par sa productivité intense (presque une affiche toutes les trente-six heures) et sa remarquable créativité artistique et technique (développement du photomontage).

La plupart des affichistes, groupés dans le Sindicat de Dibuixants Professionals (SDP), travaillent pour des partis, des syndicats et des ministères de la Generalitat de Catalogne, traduisant en images les diverses positions et actions du camp loyal à la République. Des affiches comme L’Union fait la force, de Jaume Solà, « Assassins ! » de Lleó Arnau, ou Liberté !, avec ce paysan qui brandit une faucille, évocation du le Cant dels Segadors [Le Chant des faucheurs, l’hymne catalan], de Carles Fontserè, sont les icônes les plus durables de l’époque. L’affichiste catalan le plus actif est alors Martí Bas i Blasi, auteur d’affiches à grand format, comme la fameuse «Faites des tanks, tanks, tanks…. L’Andalou Lorenzo Goñi, à qui l’on doit l’affiche Et toi… qu’est-ce tu as fait pour la victoire ?, qui recherche l’implication émotionnelle du spectateur, n’est pas en reste. Antoni Clavé recourt à la poétique du surréalisme, comme dans Catalans !… 11 septembre, qui met en parallèle la situation du jour et la lutte de 1714. D’autres membres notables du SDP sont Josep Subirats et l’Allemand Fritz Lewy.

Outre le SDP, il existe d’autres associations d’affichistes. Notamment celle des anarcho-syndicalistes, qui jouent avec les découvertes avant-gardistes du cubisme (Ángel Lescarboura, Albert Santmartí ‘Artel’, Joaquim Cadena, Helios Gómez), mais qui accueillent aussi l’expressionnisme de J.L. Rey Vila « Sim ».

On ne peut manquer de signaler le Commissariat à la propagande, organisme de la Generalitat actif dans de nombreux médias, du livre et de la revue au cinéma et à la radio, sous la direction de Jaume Miravitlles. Dans le domaine de l’affiche, sa production (une centaine de pièces) en fait l’institution la plus active durant la guerre. Elle recourt souvent à la photographie, cherchant d’une manière résolument moderne à tirer parti de la vision objective de ce médium, comme dans la célèbre création de Pere Català Pic Écrasons le fascisme, où une simple espadrille piétinant une croix gammée synthétise le message que veut transmettre la propagande républicaine.

Dans la mouvance du SDP, il y a plusieurs affichistes professionnels qui se sont établis à Barcelone bien avant la guerre, comme le Valencien Lluís Garcia Falgàs ou les Madrilènes Enrique Ballesteros « Henry » et Paco Ribera, qui pratiquent un dessin moderne d’un réalisme simplifié et d’une grande efficacité publicitaire (Falgàs : Informez-vous sur ceux qui luttent au front ; Henry : Je vais lutter pour ton avenir ; ou le portrait de Companys pour la Fête de la Femme antifasciste de 1937, attribué à Paco Ribera).

En 1938, les institutions centrales du Gouvernement de la République et, avec elles, différents organismes propagandistes des d’armée et des ministères, débarquent à Barcelone, comme le Sous-secrétariat à la Propagande dirigée par le Valencien Josep Renau, peut-être l’affichiste le plus remarquable de la guerre. Pionnier de l’application du photomontage à l’art graphique politique, il est l’auteur (avec Gori Muñoz) d’une série de six affiches qui allie le dessin et la photographie et illustre plusieurs mots d’ordre avec des tableaux statistiques. Renau réalise aussi en solitaire une affiche dessinée, dont le message et la forme sont très parlants : Aujourd’hui plus que jamais : Victoire. Le Polonais Mauricio Amster, qui utilise aussi la photographie, fait quelques-unes de ses affiches à Barcelone, comme celle qui est consacrée aux colonies infantiles du ministère de l’Instruction publique. Le Madrilène José Bardasano réalise aussi en Catalogne de nombreuses affiches où il met en scène ses soldats héroïques à travers un dessin académique.

Le photojournalisme se développe tout au long de la guerre grâce au travail de professionnels comme Agustí Centelles, auteur de quelques-unes des images les plus marquantes de cet épisode historique, depuis les combats à Barcelone le 19 de juillet 1936 (célèbre photographie qui montre quelques gardes d’assaut barricadés derrière des chevaux morts) jusqu’au moment de la chute de la Catalogne et de l’exil qui s’ensuit. À ses côtés, beaucoup d’autres photographes catalans, de Sagarra aux Pérez de Rozas, captent dans leur objectif le front et l’arrière au jour le jour, tandis que d’autres, comme Gabriel Casas, Català Pic, Josep Sala, ou l’anarchiste allemande Margaret Michaelis, travaillent aussi pour la propagande, mais sans qu’on puisse les qualifier de photographes « de guerre ». En revanche, il est une personnalité dont la réputation de reporter audacieux s’est forgée ici : Robert Capa, ainsi que sa compagne Gerda Taro, auteurs de photographies mythiques.

La participation de la République espagnole à l’Exposition universelle de Paris de 1937 a marqué les mémoires en raison de sa haute qualité artistique et de sa volonté de montrer au monde la situation de cette jeune démocratie sur le point d’être vaincue par le totalitarisme. Le pavillon est l’oeuvre de Josep Lluís Sert, qui adapte les principes de l’architecture moderne de Le Corbusier, enrichis par des expériences de la construction populaire méditerranéenne.

Conçues spécialement pour le lieu, quelques-unes des œuvres les plus emblématiques de l’art du XXe siècle y sont exposées : le Guernica de Pablo Picasso, Montserrat de Juli González, la Fontaine de mercure d’Alexander Calder ou la sculpture d’Alberto Le peuple espagnol a un chemin qui mène jusqu’aux étoiles, qui en préside l’entrée (cette oeuvre a disparu, de même que le panneau de Joan Miró Paysan catalan). En outre dans les espaces intérieurs du pavillon et sur la façade extérieure sont présentées les réalisations de la République, selon une conception graphique moderne auquel la participation de Josep Renau, délégué des Beaux-Arts, n’est pas étrangère.