La Catalogne et la Révolution française. La guerre du Français

La guerre du Français (ou guerre de l’Indépendance) est en Catalogne une lutte populaire de guérilla contre une armée régulière. Malgré la conquête des grandes villes et les concessions politiques de Napoléon, l’intérieur du pays refuse de se rendre. En réalité, l’envahisseur ne va jamais parvenir à contrôler l’intérieur du Principat.

La Guerra Gran ou guerre contre la Convention (1793-1795) est le premier affrontement entre les Catalans et la France révolutionnaire. Le pays se jette dans l’effort de guerre dans l’espoir de reprendre le Roussillon. Mais c’est un échec. Les troupes françaises entrent dans le Principat, occupant quelques villes jusqu’à la paix de Bâle, qui, en outre, transforme l’Espagne en alliée de la France.

Cette alliance permet aux armées napoléoniennes d’entrer en Espagne pour envahir le Portugal. En même temps, l’empereur obtient de Charles IV qu’il abdique en sa faveur, ce qui fait de son frère, Joseph Ier, le nouveau roi d’Espagne. En outre, Charles IV et son fils, le futur Ferdinand VII, sont arrêtés à Bayonne. Ces deux faits provoquent en Espagne un soulèvement populaire, qui commence à Madrid en mai 1808.

En Catalogne, grâce à l’alliance hispano-française, les troupes napoléoniennes contrôlent Figueres et son château, ainsi que Barcelone, ce qui leur assure un couloir d’accès au pays, mais pas les comarques de l’intérieur.

C’est dans ces contrées que la paysannerie catalane, comme à d’autres époques, se lance dans le combat contre l’envahisseur au son du tocsin. C’est une insurrection populaire, avec des groupes de guérilléros qui agissent sans la moindre coordination.

Si la population répond ainsi à l’envahisseur, c’est en souvenir de la défaite récente de la Guerra Gran, qui a exacerbé la haine des Français. Une haine encore attisée par les représentants de l’Église, qui exercent une grande influence sur une masse populaire très catholique, car la France révolutionnaire incarne la laïcité anticléricale menaçant les croyances du peuple. Finalement, les incursions punitives et les pillages des troupes françaises dans de nombreuses communes de l’intérieur déchaînent la colère populaire.

Cette révolte, qui menace aussi les intérêts des classes dominantes du pays, accélère la création d’un premier organe de gouvernement chargé de rétablir l’ordre. La Junta Superior de Catalunya, créée à Lleida et présidée par l’évêque de la ville, Jeroni M. Torres, essaie, en vain, de maîtriser la situation.

La Junta Superior a aussi pour mission d’envoyer des représentants aux Cortes de Cadix, où est débattue et approuvée la première Constitution libérale de l’État en 1812. Plusieurs députés catalans y participent, dont le libéral Antoni de Capmany.

Incapable de maîtriser les bandes de guérilléros agissant à travers le pays et faute d’une armée régulière, la Junta fait tout son possible pour garder le contrôle de l’intérieur du pays. Mais malgré leurs deux défaites au Bruc (1808), les troupes françaises conquièrent peu à peu les principales villes : Gérone (1809), qui tombe après avoir résisté à trois sièges, Lleida (1810), Tarragone et Tortosa (1811).

Les campagnes militaires françaises s’accompagnent d’une politique de rapprochement vis-à-vis des Catalans. Ainsi, en 1810, la Catalogne est séparée de l’Espagne et un gouvernement autonome y est constitué ; il reconnaît le catalan comme langue co-officielle, avec le français, et le drapeau catalan est de nouveau autorisé. Deux ans plus tard, le Principat est annexé par la France et divisé en quatre départements.

Mais cette politique ne va pas atteindre ses objectifs, malgré l’existence d’un cercle pro-français qui soutient les nouveaux gouvernements du pays et prône les avantages du libéralisme sur l’absolutisme bourbonien.

La défaite de la campagne de Russie et les diverses victoires anglo-espagnoles provoquent, en 1813, le retrait du plus gros des troupes françaises de l’autre côté des Pyrénées et le retour de Ferdinand VII sur le trône. Les Français laissent à l’arrière des garnisons dans les principales villes du pays. Celle de Barcelone ne partira qu’en mai 1814, et ce sera ainsi la dernière ville européenne à voir flotter le drapeau de la Révolution.