La Ciutat cremada

La ciutat cremada  [La ville brûlée] (1976) d’Antoni Ribas est un film essentiel du cinéma de l’époque de la Transition. Il s’agit d’une fresque historique qui revendique l’identité de la nation catalane et qui présente une période transcendantale (1899-1909). La classe politique et intellectuelle de l’époque n’hésita pas à s’engager dans le projet.

La ville brûlée fut annoncée comme étant « le film de la Catalogne prédémocratique », un slogan relativement juste puisqu’à la date de l’avant-première du film, le 22 septembre 1976, la démocratie venait tout juste de naître. Cependant, ce film se doit au hasard : son réalisateur, Antoni Ribas, voulait faire un film sur le Football Club Barcelone à l’occasion du 75e anniversaire de sa fondation, mais le cinéaste Jordi Feliu le devança avec le documentaire Barça (1974). Ribas décida alors de mettre en oeuvre cet énorme projet préintitulé Del desastre de Cuba a la Setmana Tràgica [Du désastre de Cuba à la Semaine Tragique].

Le film commence en 1899 avec la défaite de la guerre de Cuba et évoque dix années d’histoire catalane jusqu’à la cruciale Semaine Tragique de 1909. Le film La ville brûlée, écrit par Ribas en collaboration avec Miquel Sanz et trois importants conseillers en histoire (Josep Benet, Josep Termes et Isidre Molas), commence avec l’arrivée à Barcelone en provenance de Cuba, d’un soldat, Josep (Xabier Elorriaga) et de son ami Frederic Palau (Francesc Casares), qui revient à la maison avec une bonne poignée de dollars. La famille Palau est riche et elle reçoit bras ouverts le jeune Josep. Roser (Ángela Molina) et Remei (Jeannine Mestre), les nièces de Frederic, soupirent pour l’invité. Josep choisit Remei et l’épouse, cependant l’attirance que les beaux-frères éprouvent l’un pour l’autre persistera tout le long des années.

Cette trame légèrement romanesque est uniquement un prétexte pour dépeindre les conflits politiques et sociaux de l’époque et pour situer de l’autre côté de l’écran les personnages politiques les plus importants de l’époque comme Francesc Cambó (Adolfo Marsillach), Enric Prat de la Riba (José Luis López Vázquez), Josep Puig i Cadafalch (Joan Borràs) ou Alejandro Lerroux (Alfred Luchetti). La structure narrative alterne des événements auxquels participèrent la classe politique, la bourgeoisie et les travailleurs. Il convient de souligner tout particulièrement la célébration de la fin d’année 1909 filmée d’après trois points de vue différents. D’une part, le spectateur contemple le luxe de la haute bourgeoisie, d’autre part, la modestie des anarchistes et finalement, il observe le dévergondage des « bons vivants » qui jouent à colin-maillard avec des jeunes filles nues.

Financé avec des apports économiques individuels et collectifs, ce film présentait à l’affiche de nombreuses célébrités, non seulement de prestigieux comédiens et comédiennes mais, également des personnages célèbres de la politique et de la culture catalanes : Heribert Barrera, Miquel Porter i Moix, Joan Manuel Serrat, Joan Reventós, Montserrat Roig… Ils étaient tous convaincus qu’il s’agissait de la préparation d’un exploit du cinéma tourné en catalan, la pose de la première pierre de la récupération de la mémoire historique. Il est cependant vrai que La ville brûlée fut plutôt un succès nationaliste qu’un succès cinématographique. Malgré cela, il s’agit du meilleur travail de Ribas qui ensuite réalisa d’autres films historiques aux sujets semblables: la trilogie Victòria! [¡Victoire !] (1981-1983) et Terra de canons [Terre de canons] (2000). Son dernier film fut finalement consacré à l’équipe du Barça (Football Club Barcelone) Centenari [Centenaire], dont l’avant-première en 2005 est pour ainsi dire passée inaperçue.