La crise de la Restauration. La dictature de Primo de Rivera

Le 13 septembre 1923 a lieu le pronunciamiento du capitaine général de Catalogne, Miguel Primo de Rivera. Le but du dictateur est de finir la guerre du Maroc, d’assainir l’Administration publique et de rétablir la paix sociale. Une fois ces questions résolues, il est censé rendre le pouvoir aux nouveaux gouvernants. Mais il va en aller tout autrement.

La Lliga Regionalista, qui soutient initialement Primo de Rivera, se rétracte et refuse de faire partie du nouveau gouvernement dictatorial. Le refus des catalanistes a des conséquences immédiates, comme l’éviction de Josep Puig i Cadafalch de la présidence de la Mancomunitat, qui passe aux mains du cacique et président de l’Unión Monárquica Nacional (UMN), Alfons Sala i Argemí. Mais le mandat de Sala est éphémère, la Mancomunitat étant abolie le 20 mars 1925.

Le 18 septembre 1923 est promulgué le décret royal contre le séparatisme, où il est dit, au chapitre consacré à la langue, que « s’exprimer ou écrire dans des langues ou dialectes les chansons, bals, coutumes et costumes régionaux, n’est l’objet d’aucune prohibition ; mais dans les événements officiels à caractère national ou international, les personnes investies de l’autorité ne pourront employer d’autre langue que le castillan, qui est la langue officielle de l’État espagnol ».

Cela signifie la suppression ou la mise sous tutelle des institutions catalanes, l’élimination des libertés, l’interdiction de l’usage de la langue propre, la disparition des formations politiques et la limitation de la diffusion de la culture catalane. Mais la répression linguistique entreprise par le dictateur est pour lui contre-productive, car on assiste aussitôt à une forte expansion du livre en catalan, grâce au soutien de couches de la société de plus en plus nombreuses et variées, surtout depuis le processus de standardisation linguistique engagé dans les dernières années du XIXe siècle.

Avec l’apparition d’un nombre extraordinaire de nouvelles publications périodiques, d’activités culturelles, comme des conférences, des cours de catalan, du théâtre et de la musique, et le surgissement de sociétés et de centres scolaires, un important réseau culturel est créé. Il lutte pour la légitimation de la langue catalane et tente de miner la force de la dictature.

Mais celle-ci va vite s’effondrer. Si elle n’a pas pu se renforcer, c’est notamment à cause de la conspiration armée de Francesc Macià et des faits de Prats de Molló en 1926, du mouvement ouvrier qui refuse de pactiser et affronte le dictateur, des contradictions internes chez les militaires et de l’usure du pouvoir, due à l’insuffisance des réponses aux problèmes économiques et sociaux.