La Generalitat restaurée

À la fin 1974, malgré l’assassinat au garrot de l’anarchiste Salvador Puig i Antich, le régime commence à s’affaiblir. L’exécution de Puig i Antich pousse les formations politiques catalanes à s’affirmer davantage. À titre d’exemple, le cycle organisé en 1975 par l’Institut Catòlic d’Estudis Socials de Barcelona sous le titre de Les Troisièmes Voies en Europe. Cet ensemble de conférences permet aux leaders politiques catalans d’exposer leurs propositions politiques en vue de la démocratie.

Peu après la mort du dictateur, le Consell de Forces Polítiques de Catalunya est créé. Mené par Convergència Democràtica de Catalunya, dont le dirigeant est le banquier et activiste politique Jordi Pujol, il est composé de onze formations politiques catalanes. La principale finalité du Consell est de constituer un gouvernement provisoire de la Generalitat de Catalogne.

Sous le gouvernement de Carlos Arias, les mobilisations politiques se multiplient, comme les journées convoquées par l’Assemblea de Catalunya en faveur de l’amnistie et du statut d’autonomie les 1er et 8 février 1976. La faiblesse gouvernementale est de plus en plus criante. En juillet 1976, c’est Adolfo Suárez qui est choisi comme président du Gouvernement espagnol. Malgré l’approbation de l’amnistie politique générale fin juillet, la pression politique et sociale se poursuit, avec notamment la manifestation du 11 Septembre 1976 à Saint Boi del Llobregat.

Le 15 décembre 1976, se tient le référendum concernant la Loi sur la Réforme politique. La Catalogne et le Pays Basque connaissent de très forts taux d’abstention, mais le gouvernement Suárez, vainqueur du scrutin, force l’opposition à négocier en vue de la transition politique.

Le Consell de Forces Polítiques participe aux négociations avec le gouvernement espagnol, ce que réprouvent l’Assemblea de Catalunya et le président de la Generalitat de Catalogne en exil, Josep Tarradellas, qui ne veulent pas rester exclus des futurs accords. L’Assemblea n’est pas en faveur des pourparlers avec le gouvernement central ; cependant, Suárez a entamé des conversations avec les principaux leaders de l’opposition.

Le 15 juin 1977 ont lieu les premières élections générales, remportées par le parti Unión de Centro Democrático d’Adolfo Suárez. En Catalogne, la première force est le Partit Socialista de Catalunya-Partido Socialista Obrero Español, suivie du Partit Socialista Unificat de Catalunya. Les résultats de ce scrutin vont encourager ce qu’on va appeler l’Opération Tarradellas. Le président du gouvernement espagnol négocie directement avec Tarradellas le rétablissement de la Generalitat. Pendant les premières conversations, Adolfo Suárez ne reconnaît que la figure de Tarradellas et offre la possibilité de constituer une sorte de Mancomunitat de diputacions plutôt que de restaurer la Generalitat. Cette offre est catégoriquement refusée par les formations politiques catalanes et par le président de la Generalitat.

Au cours de l’été 1977, Josep Tarradellas et ses collaborateurs négocient à plusieurs reprises avec les représentants du pouvoir. Parmi les négociateurs du gouvernement, il faut citer l’ancien gouverneur civil de Barcelone, Salvador Sánchez Terán. Malgré le bon déroulement des conversations, elles sont suspendues jusqu’au mois de septembre. Elles ne reprendront qu’après la grande manifestation d’« un million de personnes » du 11 Septembre 1977.

Le 28 septembre 1977, Tarradellas et Sánchez Terán parviennent à un accord pour le rétablissement de la Generalitat de Catalogne et la création d’un gouvernement provisoire d’unité. La nomination de Juan Carlos Ier comme monarque et de Josep Tarradellas comme président de la Generalitat signe le retour définitif de ce dernier dans la capitale catalane, le 23 octobre, où il est accueilli par trois cent mille personnes. Pourtant, le rétablissement de la Generalitat ne va pas au-delà de la reconnaissance du gouvernement catalan par la Deuxième République, l’institution catalane n’ayant pas de compétences propres et s’appuyant essentiellement sur la Diputació de Barcelona, également présidée par Tarradellas.

Le 5 décembre 1977, le président de la Generalitat créé un gouvernement d’unité avec l’ensemble des forces politiques ayant manifesté leur soutien à la création d’un statut. Malgré un manque de pouvoir et de finances, Tarradellas peut émettre quelques décrets, comme celui sur l’enseignement obligatoire de la langue catalane dans le système d’éducation. Le 28 janvier 1978 est créée une Commission mixte de transferts du gouvernement de la Generalitat pour négocier avec le gouvernement espagnol ; elle n’obtiendra que quelques compétences dans les domaines de l’agriculture et de l’urbanisme. Malgré l’unité politique manifestée jusque-là, les formations politiques mettent en œuvre le projet de statut en marge du président Tarradellas, qui cherche à prolonger le plus possible l’étape provisoire.

Le 21 juillet, la constitution est approuvée au Congrès espagnol, et elle va être ratifiée sans difficulté lors du Référendum constitutionnel du 6 décembre 1978. Toutes les formations catalanes ayant une représentation parlementaire lui apportent leur soutien et font campagne pour le oui. Cette constitution, élaborée avec une large participation directe d’hommes politiques catalans, est marquée par la recherche du consensus, ce qui signifie un renoncement à la souveraineté ou à la réforme fédérale de l’État, le texte cherchant à satisfaire l’ensemble des forces politiques.

Ce texte essaie donc de satisfaire les positions catalanes et basques, ainsi que les revendications régionalistes émergentes partout en Espagne. Ce nouveau tableau politique d’ensemble pousse Suárez à offrir à toutes les régions du pays la possibilité de devenir des communautés autonomes, avec un gouvernement, un parlement et des pouvoirs propres. Cette proposition uniformise ce qui a été obtenu en Catalogne, et on l’appellera par la suitec café pour tous ». Ni les Catalans ni les Basques ne s’en satisfont, car elle revient à noyer leur spécificité.

Tandis que les débats sur la constitution sont menés à bien, commence la rédaction de l’avant-projet du statut d’autonomie de la Catalogne. L’Assemblea de Parlamentaris confie, sans en informer le président Tarradellas, l’élaboration du texte du statut à ce qu’on appelle la Commission des Vingt. Comme pour la Carta Magna, le consensus est très large, sauf en ce qui concerne la normative électorale. Le texte est approuvé par l’Assemblea en séance plénière le 29 décembre 1978, en présence de Josep Tarradellas, mais il ne sera ratifié que le 29 novembre 1979 par les Cortes espagnoles et que le 12 décembre par le Sénat. Le statut entre enfin en vigueur le 1er avril 1980. Mais auparavant, le 25 octobre 1979, se tient le référendum pour l’approbation du statut. Le oui l’emporte à 88,1 %, mais il faut signaler une forte abstention, de 40,6 %.

Le texte définitif n’aborde pas de nombreux aspects exigeant un examen plus attentif, le Parlement devant prendre par la suite les décisions nécessaires. La finalité des vingt rapporteurs est d’obtenir le plus grand nombre possible de compétences. Le statut définit la Catalogne comme une « nationalité » constituant une communauté autonome et reconnaît la Generalitat comme l’institution de l’autogouvernement catalan. Il considère aussi le catalan comme la langue propre de la Catalogne, l’une des langues officielles, l’autre étant l’espagnol. En dépit de nombreux progrès par rapport au statut de 1932 dans l’enseignement, la politique linguistique et culturelle, les finances, les travaux publiques, la santé, l’urbanisme, l’aménagement du territoire, le tourisme et les médias, on observe aussi un recul dans des domaines aussi fondamentaux que la justice, l’ordre public et la structure administrative ; et il ya encore trop de flou quant aux aspects nécessitant une coopération entre l’Administration centrale et la Generalitat.

Le 1er mars 1979 se tiennent des élections générales, qui donnent une nouvelle fois la victoire, d’une courte tête, à l’UCD. En Catalogne, les formations de gauche l’emportent à nouveau. Deux mois plus tard, le 3 d’avril, les premières élections municipales démocratiques accordent un avantage très net à la gauche.

Le 20 mars 1980 ont lieu les élections au Parlement de Catalogne, gagnées, contre tous les pronostics, par la formation nationaliste Convergència i Unió. La nomination de Jordi Pujol comme nouveau président de la Generalitat de Catalogne marque la fin du caractère provisoire de cette institution et du gouvernement d’unité du président Josep Tarradellas.