La sorcellerie en Catalogne

La sorcellerie, ce n’est pas que le pouvoir occulte, les potions, les conspirations, les mauvais présages et la mort. C’est aussi la manifestation de la peur d’une population qui dut supporter des périodes dures et de faim . Au XVIIe siècle, la religion jouait un rôle très important et la population recherchait des explications aux malheurs qui la touchaient. En Catalogne et en Europe, nombreuses furent les femmes accusées de sorcellerie, interrogées et parfois pendues ou brûlées sur le bûcher.

En Catalogne entre 1616 et 1622, environ 400 femmes furent accusées de sorcellerie puis exécutées. L’homme a toujours cru en l’existence d’individus ayant des pouvoirs surnaturels, mais c’est au début du XVIIe siècle que la plupart des procès ont eu lieu, dans un contexte de crise sociale, économique et religieuse.

De nombreuses femmes étaient accusées de faire des pactes avec le diable afin qu’il leur attribue des pouvoirs surnaturels. Elles se réunissaient en assemblées, effectuaient le rituel d’initiation et devenaient ainsi des sorcières pouvant prêter serment; renier la foi chrétienne et faire tout le mal dont elles étaient capables.

La plupart des délits consistaient à faire le mal à travers des conspirations, le regard ou des aliments et objets ensorcelés, provoquer des accidents dans les champs, aux paysans ou aux bêtes. Ce que la population craignait le plus était les phénomènes météorologiques : faire tomber la grêle, provoquer de fortes pluies, des gelées, le brouillard. C’est sans doute de là que viennent les paroles de la chanson populaire « plou i fa sol les bruixes es pentinen » [il pleut et fait soleil, les sorcières se peignent].

A la différence d’autres territoires, en Catalogne ce n’est pas l’Inquisition qui se chargea de poursuivre, interroger, torturer et éliminer les sorcières, sinon les seigneurs et tribunaux locaux. Un chasseur de sorcière professionnel devait déterminer si la personne était ou non une sorcière. Pour cela on la déshabillait, on lui jetait de l’eau bénite dans le dos et si une marque apparaissait sur l’épaule, la marque du diable, la femme était accusée. Une autre méthode consistait à accuser de sorcière les femmes n’ayant pas de poils sous les bras, signe manifeste qu’elles avaient utilisé des crèmes pour voler. La torture était employée lors des interrogatoires, jusqu’à la confession. L’étape suivante était la pendaison.

Nombreuses furent les femmes pendues qui étaient tout simplement des guérisseuses ou des sages-femmes. Cependant, la population croyait en l’existence des sorcières et en leur pouvoir de faire le mal, et se protégeait donc de diverses façons : on bénissait ou parfumait objets et maisons, on peignait les fenêtres en bleu, on plaçait des croix faites en feuilles de palmier devant la porte, on ne laissait jamais une maison vide, on avait toujours du pain dans le tiroir, on lavait la lingerie à l’eau de sept fontaines différentes, on ne laissait jamais de rognures d’ongle ni de cheveux par terre, on portait la chemise à l’envers ou on sonnait les cloches pour éviter les orages. Par contre il est plus difficile de croire que les sorcières pouvaient faire des pactes avec le diable, se transformer en animal ou voler. C’est pourquoi on peut dire que la sorcellerie est un mélange de fiction et de réalité.