L’art catalan dans le monde

Joan Miró, Salvador Dalí et Juli (Julio) González ont permis à l’avant-garde catalane d’être présente dans les musées les plus prestigieux du monde. Ils ont également été une source d’inspiration et une référence pour de nombreux artistes des XIXe et XXe siècles en Europe et sur le continent américain. Des collectionneurs du monde entier se sont intéressés à l’art catalan médiéval, roman et gothique.

A la fin du XIXe siècle, le modernisme imprègne largement le travail des artistes de l’époque. C’est le cas de Pablo Picasso, qui crée à Barcelone quelques-unes des œuvres les plus emblématiques de sa période bleue, comme la Vie, qui se trouve actuellement au Cleveland Museum of Art. En 1904, le peintre de Malaga s’installe à Paris. Cependant, il va souvent revenir à Barcelone pour y passer quelque temps. Pendant un de ces séjours, à Horta de Sant Joan, en 1909, mûrit en lui ce qui va être connu sous le nom de cubisme et il peint L’usine d’Horta, qu’on peut voir au musée de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg.

Picasso se lie d’une profonde amitié avec les artistes catalans qui vivent à Paris et il rejoint les nouveaux mouvements d’avant-garde. En 1920, il accueille un artiste qui deviendra une grande référence dans le monde de l’art, Joan Miró. Témoignage de l’amitié entre les deux génies, l’Autoportrait de Joan Miró (1919), conservé au musée Picasso de Paris. Miró se laisse séduire par le courant surréaliste et il va connaître un grand rayonnement international, son œuvre se trouvant dans les musées du monde entier. Un de ses tableaux, La Ferme, qui représente les environs d’une ferme traditionnelle et qui a été en possession de l’écrivain américain Ernest Hemingway, se trouve à la National Gallery of Art de Washington. Le prestigieux Museum of Modern Art de New York possède de très grandes œuvres du peintre barcelonais, comme Paysage catalan ou Intérieur hollandais.

L’empreinte de Miró est également visible au siège central de l’UNESCO à Paris. Sur ses murs, il y a la fresque du soleil et de lune, que Miró a créée avec le céramiste catalan Josep Llorens Artigas en 1958. Dans le même bâtiment se trouve Toutes les choses, d’un autre grand artiste contemporain, Antoni Tàpies.

Si Picasso a reçu Miró, à Paris, Miró fera de même en 1928 avec un autre artiste extrêmement talentueux, Salvador Dalí. Miró le met en contact avec les surréalistes, et Dalí finira par être un chef de file de la nouvelle avant-garde artistique. En 1934, Dali se rend à New York et son oeuvre suscite l’intérêt des collectionneurs américains. Parmi ces acquéreurs fascinés par le travail de Dalí, il y a le couple des Morse, Albert Reynolds et Eleanore. Les Morse se lieront d’amitié avec l’artiste de l’Empordà en 1942 et, au fil du temps, ils vont rassembler une collection extraordinaire. Quarante ans plus tard, en 1982, il y avait assez de pièces pour créer le Salvador Dalí Museum de Saint Petersburg en Floride.

La stimulation de Pablo Picasso a également été déterminante dans l’œuvre de Juli González, également connu sous le nom de Julio González. Gonzalez fut un grand novateur dans le domaine de la sculpture et un pionnier de la sculpture contemporaine en fer. On peut voir son œuvre dans les collections du Centre d’Art Georges Pompidou à Paris. L’une de ses pièces les plus importantes est Montserrat, qui faisait partie du légendaire pavillon, où il y avait aussi le Guernica de Picasso, de la République espagnole à l’Exposition internationale de Paris en 1937. Cette impressionnante sculpture se trouve au Stedelijk Museum d’Amsterdam.

Autre acteur de l’art d’avant-garde internationale, Joaquim Torres García. Torres García est né en Uruguay, mais sa famille, qui était d’origine catalane, s’installe à Barcelone en 1891. C’est dans la capitale catalane que cet artiste devient l’un des protagonistes les plus remarquables des milieux artistiques du début du XXe siècle. Plus tard, comme Picasso, Dalí et Miró avant lui, il s’installe à Paris, où il développe son propre langage constructiviste. Un style qu’à la fin de sa vie il va répandre en Amérique du Sud. Une grande partie de son œuvre est conservée au Museo Torres García à Montevideo.

Josep Maria Sert a joui d’un extraordinaire rayonnement international. Ses grandes décorations murales peuvent être admirées au Rockefeller Center à New York ou au Palais des Nations à Genève.

Au cours du XIXe siècle, l’art espagnol a rencontré un grand succès dans les pays des Caraïbes et d’Amérique du Sud. À Buenos Aires, on peut voir le monument à la Carta Magna et les Quatre Régions d’Argentine, à Guayaquil, la colonne des Héros de l’Indépendance », à Lima, le monument au Colonel Bolognesi, et à la Havane, le monument aux Pompiers d’Agustí Querol. Un autre sculpteur catalan qui a exporté son œuvre est Miquel Blay, auteur du monument à Mariano Moreno, à Buenos Aires, du monument à José Pedro Valera, à Montevideo, et du monument à Vasco Núñez de Balboa, au Panama. Un autre artiste catalan ayant réussi en Amérique est l’architecte Ferran Romeu, qui a créé, avec le sculpteur Pere Carbonell, le mausolée de Colomb à Saint-Domingue.

Le modernisme catalan a particulièrement séduit les Cubains. À La Havane, Santiago de Cuba et ou Camagüey, on peut voir des œuvres architecturales assez représentatives de ce mouvement.

L’un des artistes catalans les plus célèbres à l’étranger au cours du XIXe, c’est Marià Fortuny y Marsal. Le marchand français Adolphe Goupil a contribué à faire connaître partout les œuvres de l’artiste catalan. Ce qu’on aime chez Fortuny, c’est surtout son évocation de l’Espagne goyesque ou celle du temps des Arabes. Le fils de Marià, Mariano Fortuny, a atteint une grande popularité comme couturier et scénographe. À Valence, il y a un musée consacré à sa mémoire.

La Guerre Civile espagnole a forcé de nombreux artistes catalans à prendre la route de l’exil. C’est le cas d’Antoni Bonet Castellana et Josep Lluís Sert. Castellana poursuit sa carrière en Argentine et en Uruguay. Sert s’établit à l’Université de Harvard en 1953 et y réalise de grandes œuvres, comme la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence ou le complexe de l’ambassade américaine à Bagdad.

Des architectes catalans plus contemporains jouissent d’un grand prestige international. C’est le cas de Ricardo Bofill, Enric Miralles, Oscar Tusquets, le bureau MBM (Martorell-Bohigas-Mackay) ou Alfredo Arribas.

Quant aux sculpteurs catalans du XXe siècle ayant réussi à fasciner le public du monde entier, citons Enric Monjom, avec des œuvres religieuses à Miami et à Washington ; Josep Maria Subirachs, avec des monuments au Mexique et à Séoul, ou Jaume Plensa, l’auteur de la Crown Fountain au Millennium Park de Chicago.

L’art médiéval, roman et gothique catalan se trouve aussi dans les musées et les bibliothèques d’Europe et d’Amérique. Les Bibles de Ripoll, qui sont des manuscrits enluminés du XIe siècle, sont conservées à la Bibliothèque nationale de France et à la Bibliothèque Apostolique Vaticane. Les peintures de Bernat Martorell et Jaume Huguet sont au Louvre. La Biblioteca Nacional Marciana de València possède le livre d’heures de la reine Marie de Navarre ; le Musée de Sarajevo, une Haggadah catalane du XIVe siècle, et le Musée national d’Art ancien de Lisbonne, de la peinture gothique.

Les musées de l’autre côté de l’Atlantique possèdent aussi des œuvres catalanes anciennes majeures. Le retable d’Anglesola des peintures murales du Castell de mur est au Museum of Fine Arts de Boston. Dans la section « The Cloisters » du Metropolitan Museum of Art de New York, on peut voir le panthéon des Comtes d’Urgell et à l’Art Institute of Chicago, le retable de Sant Jordi Bernat Martorell. Le Musée d’Art de San Francisco abrite le relief du grand retable de la Seu Vella de Lleida ; au Walters Art Museum de Baltimore, on peut voir le parement d’autel roman de Sant Martí. D’autres musées mettent aussi l’art catalan à la portée des Étasuniens : le Cleveland Museum of Art, le Philadelphia Museum of Art ou la Hispanic Society of America, qui a rassemblé d’excellents échantillons de l’art catalan de tous les temps.