L’Exposition internationale de 1929

L’Exposition de Barcelone de 1929 est le moteur de la modernisation de Barcelone, car elle ouvre la voie à la conceptualisation de la ville métropolitaine, aussi bien que de la ville spectacle offrant de nouveaux aménagements pour attirer les visiteurs.

La gestation de l’Exposition internationale de Barcelone remonte à la première décennie du XXe siècle, lorsque Josep Puig i Cadafalch lance l’idée d’un événement international dans la capitale catalane. On mesure vite les chances de succès d’une exposition consacrée aux industries électriques, qui va prendre corps grâce au soutien de plusieurs acteurs : industriels, politiciens, entrepreneurs et institutions comme le Foment del Treball. La Première Guerre mondiale, qui rend impossible la participation internationale, va bloquer ce projet. Malgré cette situation, les architectes Puig i Cadafalch et Guillem Busquets sont chargés du plan urbanistique des lieux d’accueil, dont on décide, après l’étude de plusieurs propositions, qu’ils se situeront sur la montagne de Montjuïc. Le choix de l’emplacement signifie l’abandon définitif du projet de transformer la place des Glòries en centre actif de la ville, ou encore celui de créer un grand parc sur les rives du Besòs, comme l’avait prévu Ildefons Cerdà en concevant son plan de l’Eixample. En contrepartie, Barcelone parvient ainsi à ce que deux tiers des terrains sous contrôle militaire de Montjuïc tombent dans le domaine public et se transforment en espaces urbains, en même temps qu’elle peut poursuivre sa croissance vers le sud.

Ce plan urbanistique prévoit de nouvelles artères et des voies de liaison avec la ville. Busquets et Puig reprennent la proposition de Josep Amargós d’ouvrir une promenade centrale à mi-hauteur de la montagne, à laquelle on accédera à partir de certaines rues du quartier du Poble Sec, mais aussi en prolongeant des rues de l’Eixample. Mais le plus important est le tracé de la voie principale d’accès à partir de la Gran Via des Corts Catalanes. L’étape suivante sera la division de l’enceinte de l’exposition en trois grandes zones : nationale, internationale, et celle de Miramar. Leur urbanisation sera confiée respectivement à Guillem Busquets et Josep Puig, Lluís Domènech et Alexandre Soler, Auguste Font et Enric Sagnier, chargés de la liaison avec la ville en expansion, des terrains jouxtants les installations militaires et de la façade maritime de la montagne vers le port. Mais auparavant Busquets et Puig ont reçu le feu vert pour entreprendre les travaux de la première phase de l’urbanisation en 1916. Ceux des deux autres zones seront planifiés l’année suivante, quand Josep Puig i Cadafalch accédera à la présidence de la Mancomunitat de Catalogne.

Le théâtre de la future exposition prend corps avec la construction des premiers palais, dont l’activité commencera en 1922. L’instauration de la dictature en Espagne l’année suivante provoque un nouvel ajournement et un changement de directives, car les travaux vont se poursuivre une fois l’exposition érigée en affaire d’État et instrumentalisée pour en faire un symbole officiel du progrès et de la modernité devant le reste du monde.

Quand l’exposition est inaugurée, le 19 mai 1929, on peut en apprécier la portée et le sens. La ville a connu une rénovation urbaine qui va laisser en héritage, entre autres, l’aménagement du Barri Gòtic, l’achèvement de la place Catalunya et son embellissement par un ensemble de grandes fontaines et de sculptures, l’enfouissement de la voie de chemin de fer de Sarrià le long de son passage par l’Eixample, des rues goudronnées et dotées d’un nouvel éclairage, les premières lignes de métro et le réaménagement de la gare de França.

L’offre de places hôtelières s’est accrue, car aux grands hôtels Oriente, Ritz ou Colón, qui existaient précédemment, sont venus s’ajouter ceux que Nicolau M. Rubió a érigés sur la place Espanya, devant l’accès principal de l’exposition. Et de nouvelles activités de loisirs ont été mises à la disposition des visiteurs, avec une bonne programmation de spectacles de théâtre, concerts, opéras et ballets, sans compter les variétés d’un Paral·lel en pleine effervescence. Il faut insister sur la place de la culture et des loisirs dans l’enceinte de l’exposition. Des conférences, des concerts et des expositions artistiques se tiennent dans les palais et les pavillons, en tout premier lieu l’exposition L’Art en Espagne, qui occupe une bonne partie des salles du Palau Nacional. Le Poble Espanyol offre une reproduction synthétique de toute l’architecture espagnole, qui coexiste de façon homogène dans un espace réduit. On a également utilisé d’anciennes carrières de Montjuïc pour construire le Teatre Grec, ainsi qu’un petit parc d’attractions, avec des montagnes russes, que ne prétend pas faire la concurrence à celui du Tibidabo. Les organisateurs de l’Exposition ont également promu les événements sportifs, avec des courts de tennis, une piscine et, surtout, un stade, qui accueille des compétitions d’athlétisme ou des matchs de football.

Mais c’est l’enceinte même de l’exposition qui a le premier rôle, car elle est un spectacle en soi. À la diversité des palais, des pavillons officiels et internationaux, s’ajoutent les édifices construits par des entreprises privées et divers organismes, l’ensemble façonnant un paysage architectonique dominé par le Palau Nacional, le meilleur exemple de la monumentalité qui caractérise l’architecture officielle de l’Exposition. D’autres bâtiments, qui n’attirent l’attention que des experts, sont des échantillons d’Art déco, comme le Pavillon des artistes réunis et ceux d’entreprises comme Jorba ou Uralita, convertis en excellente réclame publicitaire. L’autre nouveauté, inattendue dans ce contexte, est la présence du mouvement moderne sous la forme du pavillon d’Allemagne par Mies Van Der Rohe, un classique entre les mythes de l’architecture du XXe siècle et une leçon de composition, d’où sa reconstruction en 1983.

Le paysagisme est aussi l’un des attraits du parc d’exposition. J. C. N. Forestier et N. M. Rubió ont dessiné de nouveaux espaces jardinés, des aires de repos et de promenade, dont le parc du Laribal et les jardins de Miramar, qui transforment la montagne en un véritable parc urbain. Le bouquet final, sans doute le plus vanté et le plus prisé des visiteurs ébahis, sont les jeux d’eau et de lumière, particulièrement dans l’axe principal formé par l’avenue Maria Cristina et par les escaliers menant au Palau Nacional et à la place de l’Univers. Cet ensemble conçu sous la direction de Carles Buigas est puissamment dominé par la fontaine monumentale dont les jets d’eau, selon un système très novateur, sont éclairés de couleurs changeantes au gré des figures qu’ils dessinent.

L’exposition a laissé une empreinte profonde dans l’image de Barcelone. Après sa clôture, il était prévu de démolir la plupart des constructions, mais des bâtiments sont restés debout et abritent des musées, des théâtres, des centres d’études botaniques ou des écoles maternelles. Quant aux installations sportives, elles ont été conservées, puis agrandies et réaménagées. Ce qu’il reste aujourd’hui de l’exposition constitue une des attractions touristiques de la ville, car les espaces verts de Montjuïc sont le poumon de la ville et accueillent d’importants centres culturels et sportifs.