L’Exposition Universelle de 1888

Le 20 mai 1888, la reine régente Maria Cristina et Alfons XIII présidèrent la cérémonie d’inauguration de la grande Exposition Universelle au salon du Palais des Beaux-Arts. L’Exposition permit de récupérer la Ciutadella, symbole jusqu’alors de la répression de Philippe V d’Espagne, révélant à l’international une Barcelone à la fois bourgeoise et industrielle.

Après un XIXe siècle mouvementé, plein de guerres et de changements de gouvernement, la situation sociopolitique espagnole se stabilisa sous la restauration bourbonienne qui succéda en 1875 à la Ière République destituée. Barcelone vécut alors une étape de croissance industrielle et de progrès culturel, déjà initiée lors des décennies antérieures. Par ces faits, la situation socioéconomique de la Catalogne se distingua davantage du reste de l’état espagnol.

Entre 1822 et 1888, on célébra à Barcelone 14 expositions de produits industriels catalans, avec le support de l’Assemblée de Commerce et, suite à la suppression de celle-ci, de l’Institut Industriel de Catalogne. Entre temps, les industriels catalans se rendaient régulièrement aux expositions universelles depuis que la première eut lieu à Londres en 1851. Au même moment, la ville vivait une véritable reconfiguration urbaine grâce au plan Cerdà qui entama la démolition des murailles en 1859.

Le 25 novembre 1885 Alfons XII mourut, la mère du mineur Alfons XIII, Marie-Christine de Habsbourg, fut désignée régente. Le 15 décembre 1885, Francesc de P. Rius i Taulet (1833-1890) fut nommé maire de Barcelone – comme les trois dernières fois (1872,1874,1883), bien que ce fut chaque fois pour peu de temps. Un de ses objectifs était de rendre la Ciutadella à la ville. Considérant l’emplacement du terrain, et en toute logique, le projet d’une exposition universelle devait être bienvenu.

En fait, l’Exposition est née de l’initiative du galicien Eugenio R. Serrano de Casanova, un militaire carliste établi à Paris, qui fit partie de la représentation officielle du gouvernement espagnol à l’Exposition de Philadelphie de 1876 puis à toutes celles qui lui succédèrent jusqu’en 1884, à Anvers. Suite à ce concours, il eut l’idée d’en célébrer une en Espagne, concrètement à Barcelone, dont le caractère industriel conférait à la ville une place privilégiée.

Serrano fit arriver la proposition à la municipalité, qui la reçut avec intérêt, le maire s’y engagea, si bien que la Mairie en devint bientôt l’entité organisatrice.

L’Exposition eut lieu dans l’espace de l’ancienne Ciutadella construite par Philippe V pour châtier et contrôler la ville rebelle. Détesté des Barcelonais, ce symbole de la répression bourbonienne était une prison, un lieu de châtiment et de crimes tout au long du XIXe siècle. Après plusieurs tentatives, grâce à l’arrivée de la Révolution de 1868, le 16 octobre, la démolition commença et le terrain fut récupéré. Après avoir résolu plusieurs difficultés et convoqué un concours public et international, la Mairie choisit en 1872 le projet du maître d’oeuvre Josep Fontserè Mestre pour y construire un parc avec une grande cascade. La Ciutadella était donc déjà un parc quand Rius et Taulet décidèrent d’en faire l’enceinte de l’Exposition.

Prévu pour l’automne 1887, le projet fut finalement remise au printemps 1888. Aux côtés du maire, le banquier Manuel Girona en fut commissaire royal; les membres Manuel Duran i Bas, Josep Ferrer i Vidal et Claudi López Bru, marquis de Comillas ; secrétaire, Carles Pirozzini ; directeur de services publics Lluís Rouvière, et architecte directeur des travaux, Elies Rogent, furent les véritables promoteurs du projet.

Entre de nombreux obstacles vaincus, l’enthousiasme de quelques-uns et la méfiance d’autres, les travaux prirent fin en avril 1888. Le 20 mai, la reine régente et Alfons XIII présidèrent la cérémonie d’inauguration au grand salon du Palais des Beaux-Arts.

La France, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la Russie, l’Angleterre, les États-Unis et la Belgique en furent les principaux pays participants, en plus de la représentation espagnole. Assistèrent aussi dans une moindre mesure la Suisse, la Suède, la Hollande, le Danemark, la Norvège, le Portugal, le Japon, la Chine, la Turquie, la Bolivie, l’Équateur, le Honduras et l’Argentine, tous présents entre le Palais de l’Industrie et la Galerie de Machines.

Un des aspects les plus remarquables de l’Exposition était l’architecture, dont il reste quelques-uns des principaux témoignages. On relève l’Arc de triomphe en brique à l’entrée de l’enceinte, oeuvre de Josep Vilaseca, et en deuxième lieu, le café restaurant d’aspect gothique, aujourd’hui Musée de Zoologie, oeuvre de Lluís Domènech i Montaner, également en brique, populairement connu comme le Château des Trois Dragons. Toujours du même architecte, l’Hôtel International, démoli en 1889, aux grandes proportions et situé hors de l’enceinte, ne fut érigé qu’en 69 jours grâce à un grand effort et au progrès des techniques de construction. En fer et en verre, alors très en vogue, la Serre de Josep Amargós, est, quant à elle, toujours sur pied aujourd’hui.

La zone centrale de l’exposition présidée par le grand Palais de l’Industrie en forme d’éventail, occupait environ 70.000 mètres carrés, réalisée par l’architecte Jaume Gustà, également auteur de la tonnelle déjà existante.

Dans l’ensemble, cette architecture qualifiée aujourd’hui par les spécialistes du « proto-moderniste », est généralement considérée comme le préambule de la puissance architectonique du modernisme qui additionna la récupération de la tradition autochtone aux directives de l’Art nouveau international.

L’exposition fut clôturée le 9 décembre, ayant accueilli un million et demi de personnes. Malgré le très épilogué déficit économique – environ 6 millions de pesettes – le bilan était positif. On pouvait envisager qu’un événement historique cher puisse participer au début du lancement à l’internationale de Barcelone en tant que ville industrielle et bourgeoise. Cela entraîna en même temps un accroissement du catalanisme dans le cadre d’une société encore rétrécie, mais qui commençait à croître d’un point de vue socioculturel, ainsi que le manifestèrent de nombreux témoins contemporains en diverses occasions. Aujourd’hui, c’est le symbole de la naissance de la ville moderne, qui fut si bien reçu par les jeunes générations, responsable de son développement postérieur.