Quim Monzó

Quim Monzó i Gómez (Barcelone, 1952). Écrivain et traducteur, c’est l’un des auteurs catalans contemporains les plus connus, en Catalogne comme à l’extérieur. Monzó recrée, sur un ton sceptique et avec beaucoup d’humour, des situations de la vie urbaine de son temps.

Quim Monzó commence à travailler dans les arts graphiques, puis devient graphiste et scénariste de télévision. Enfant de la contre-culture des années 1970, il poursuit sa carrière professionnelle dans le monde du journalisme, étant correspondant de guerre et chroniqueur pour la presse. Comme écrivain, il se fait connaître en 1976 avec la parution du roman L’udol del griso a les clavegueres [L’ululement du flic dans les égoûts] (1976), axé sur Mai 68, et le recueil de contes Self-Service (1977), écrit avec Biel Mesquida. Ces deux œuvres sont marquées par le « textualisme », mouvement qui cherche à abolir l’héritage littéraire par le biais de l’innovation linguistique et de l’expérimentation formelle, recourant à la juxtaposition de phrases subordonnées ou à des techniques et expressions propres au langage paralittéraire, issues de la bande dessinée ou du dessin animé.

Mais Monzó s’aperçoit vite, comme d’autres auteurs de ce mouvement, des impasses de la voie expérimentale, et sa prose emprunte des formes plus lisibles. Dans la plupart des contes écrits entre la fin des années 1970 et aujourd’hui, l’auteur caricature certains aspects du monde urbain contemporain. Il s’inspire de la société post-moderne et lui emprunte certains éléments (des comportements, un langage, une allure, des tics, etc.) pour construire une métaphore des problèmes existentiels. Ces contes expriment, à travers cette analogie, des angoisses vitales, souvent liées à l’absurde.

Tel est le style de Monzó dans les cinq recueils de contes Uf, va dir ell [Ouf, a-t-il dit] (1978), Olivetti, Moulinex, Chaffoteaux et Maury (1980), L’illa de Maians [L’Île de Maians] (1985), El perquè de tot plegat [Le Pourquoi des choses] (1993) et Guadalajara(1996), revus et rassemblés dans le volume  Vuitanta-sis contes [Quatre-vingt-dix contes] (1999, récompensé en 2000 par le prix Lletra d’Or et le Prix National de littérature catalane de prose narrative). Monzó y aborde des sujets profondément humains, comme le désir, l’amertume des relations humaines ou les cercles vicieux qui rendent impossibles les décisions personnelles. Les histoires linéaires, vivement rythmées, vécues par des personnages anodins et imprégnés d’un humour doux-amer y prédominent. On y trouve également quelques références à la littérature ou à d’autres écrivains. Mais de par la volonté implicite de faire appel à une réalité quotidienne pour en tirer des effets comiques, Monzó se rapproche aussi des nouveaux tableaux de mœurs urbains, légèrement assombris dans ses derniers recueils : El millor dels mons [Le Meilleur des Mondes] (2001), Tres Nadals [Trois Noëls] (2003) et, tout particulièrement, Mil cretins [Mille crétins] (2007).

Au fil du temps, Monzó tend de plus au dépouillement formel. Ses récits partent de situations types qui, dûment manipulées, finissent par provoquer une sensation de ridicule. L’écrivain joue donc des effets de retardement pour conditionner le lecteur et l’amener vers un dénouement souvent très déceptif. Quant à ses modèles littéraires, on parle de l’influence de la prose narrative minimaliste américaine – Robert Coover, John Barth et Donald Barthelme –, de certains auteurs représentatifs de l’avant-garde sud-américaine – Guillermo Cabrera Infante, Julio Cortázar et Adolfo Bioy Casares – et, surtout dans ses premiers textes, de l’apport théorique de Raymond Queneau, outre les œuvres narratives de Francesc Trabal et Pere Calders. Au-delà de leurs différences, ils partagent cette attirance pour un paysage qui se meut, hésitant, entre le vide et le désir, dans la séduction chatoyante des publicités et des lieux de divertissement. Un espace qui était celui de l’utopie et est devenu celui du scepticisme. Face au lieu commun, un des stratagèmes préférés de l’auteur est la parodie de l’usage conventionnel du langage ou des genres littéraires.

Pendant les années 1980, parallèlement à son travail sur les contes, Monzó publie deux romans : Benzina [Gazoline] (1983) et La magnitud de la tragèdia [L’ampleur de la tragédie] (1989). Le premier offre une vision ironique de la conception de l’art post-moderne, à partir du jeu entre deux vies parallèles ; le deuxième procède de l’exagération d’une situation ridicule. Dans ces deux romans, Monzó manie les techniques propres à la littérature de genre (roman à suspense, sentimental, à l’eau de rose, etc.). Sur un ton proche de la comédie, Monzó met en scène des hommes et des femmes déconcertés, qui semblent livrés à une réalité qui les dépasse car elle à ses propres règles.

Une autre facette de l’auteur découle de ses liens avec la presse écrite. Il s’agit tout particulièrement de ses articles publiés dans l’Avui, El Periódico, le Diari de Barcelona ou La Vanguardia. Dans ces collaborations, l’auteur donne son avis sur des aspects de l’actualité ou bien décrypte d’un œil acerbe certains événements. Leur aspect subjectif et leur valeur de témoignage les rendent parfaitement à même d’êtres intégrées à son œuvre narrative. Dans leur ensemble, ces articles offrent un contenu d’une grande hétérogénéité, allant de la chronique métropolitaine, de la satire des mœurs et de la critique culturelle à des sujets d’une plus grande portée sociale, en passant par des faits historiques d’une importance internationale. Certains ont été rassemblés dans  El dia del senyor [Le jour du Seigneur] (1984), Zzzzzzzz (1987),  La maleta turca [La valise turque] (1990), Hotel Intercontinental (1991),  No plantaré cap arbre [Je ne planterai pas d’arbre] (1995),  Del tot indefens davant dels hostils imperis alienígenes [Complètement désarmé devant les hostiles empires aliénigènes] (1998), Tot és mentida [Tout est faux] (2000), El tema del tema [Le thème du thème] (2003) et Catorze ciutats comptant-hi Brooklyn [Quatorze villes y compris Brooklyn] (2004).