Tarraco

Les Romains ont transformé Tarraco en une des villes les plus importantes de l’Hispanie. Ils y ont laissé en héritage d’importants monuments, que l’UNESCO a classés en l’an 2000 au patrimoine de l’humanité.

Avant l’arrivée des Romains, Tarraco est un village ibérique fortifié appelé Cesse. Sa situation stratégique, une colline côtière près de l’embouchure du Tulcis (Francolí), attire les armées romaines, qui la transforment en base militaire en 218-206 av. J.-C., pendant la Deuxième Guerre punique.

Les Romains entourent la forteresse de murailles faites de grands blocs et de tours avec des pièces intérieures. Ils décorent la tour la plus haute d’un relief de la déesse Minerve. À l’intérieur, on a découvert l’inscription latine la plus ancienne qu’on connaisse dans l’Hispanie romaine, « Mn Vibio Mnerva », la dédicace de « Manius Vibius » à la déesse Minerve.

Tarraco devient vite la Cartago Nova, le grand port de communications avec l’Italie et la porte d’entrée de la vallée de l’Èbre et de l’intérieur de la péninsule Ibérique. À la fin du IIe siècle av. J.-C., la ville est urbanisée, on y installe des égouts, on y ouvre des voies et on y construit un temple capitolin sur le premier forum. Les citoyens les plus riches se font construire de luxueuses  domus dans le style italique, avec des pavements en opus signinum et d’impressionnants mausolées turriformes décorés de statues.

Vers 45-49 av. J.-C., Jules César accorde à Tarraco le titre de Colonia Iulia Urbs Triumphalis Tarraconensis. Plus tard, entre 27 et 25 av. J.-C., un autre empereur, Auguste, choisit d’y passer sa convalescence après une grave maladie, tandis que les légions romaines combattent dans les guerres cantabres. L’importance de la ville ne va cesser de croître, de même que ses pouvoirs. Elle devient la capitale de la nouvelle province d’Hispanie Citérieure ou Tarraconaise, le chef-lieu d’une circonscription judiciaire (conventus iuridicus) et le siège du gouverneur et procurateur, du trésor et des archives provinciales.

Une assemblée de notables gouverne la colonie et, parmi la population, il y a des citoyens libres, des affranchis, des étrangers et des esclaves. Les villae romaines des environs commencent à produire des vins d’une grande qualité, très appréciés en Italie.

Au seuil de la nouvelle ère, le culte impérial est en pleine apogée et on érige des monuments pour vénérer les empereurs romains. Un grand autel est consacré à Auguste alors qu’il est encore en vie. Après sa mort, en 14 ap. J.-C., on construit en son honneur un autre temple gigantesque en marbre blanc, doté de huit colonnes corinthiennes sur la façade. Il se trouvait en haut de la ville et abritait en son sein une énorme statue du dieu Auguste en Jupiter. Les monnaies de la ville ont préservé une image de ces deux monuments.

Le forum de la ville, construit dans la partie basse, près du grand port protégé par un barrage de piliers, s’agrandit au fil des ans. Les Romains y édifient une basilique judiciaire à trois nefs, où ont lieu les procès. Tout près, ils construisent un grand théâtre en grès stuqué. Le front de scène est décoré de statues d’Auguste et de ses héritiers. Cette façade sera restaurée et, au cours des Ier et IIe siècles ap. J.-C. et on y ajoutera de nouvelles statues dédiées aux empereurs successifs.

L’eau courante est conduite du Francolí et du Gaia jusqu’aux thermes et aux maisons, à travers deux canalisations et aqueducs, comme celui qui se conserve encore à Les Ferreres. Il s’agit d’une grande construction en pierres de taille de 200 mètres de long et 26 mètres de hauteur, avec deux arcades superposées de 11 et 25 arcs, respectivement. Les pierres locales, du grès et du calcaire, proviennent de carrières voisines, comme celles de Mèdol, Santa Tecla et Alcover.

La Voie Auguste passait par Tarraco. Elle reliait Cadix et Rome et était le point de départ d’autres voies unissant la côte et l’intérieur de la péninsule. Les édifices funéraires, comme la Tour des Scipion, une tombe familiale du Ier siècle ap. J.-C. et les monuments commémoratifs, comme l’arc de Bera, érigé sur la voie à la demande du riche Licinius Sura, jalonnaient ces artères dallées à l’entrée de la ville.

Avec l’arrivée au pouvoir des empereurs flaviens, une grande assemblée de délégués de toute la province, le concilium provinciae Hispaniae citerioris, se tient chaque année dans la ville. Lors de ces rencontres, un culte est rendu à l’empereur et on élit un flamine (flamen) pour les cérémonies. Pour celles-ci, on construit un énorme forum provincial autour du vieux temple d’Auguste. Le nouveau forum possède une enceinte pour le culte, une gigantesque place parsemée de statues pour les représentations– il n’y en avait pas de plus grande dans tout le monde romain – et un cirque annexe édifié dans la ville. Le cirque est l’un des monuments les plus singuliers que la ville tarragonaise ait conservés de son passé romain. Son chevet a été restauré et nombre de ses voûtes sont aujourd’hui occupées par des maisons et des commerces.

Entre 121 et 122 ap. J.-C., l’empereur Hadrien restaure le temple d’Auguste et convoque une grande assemblée des trois provinces hispaniques. À l’extérieur de la ville, on construit un grand amphithéâtre pour les combats de gladiateurs et les chasses aux fauves. Des tribunes et des gradins taillés dans la roche ou construits sur de grandes voûtes permettent de séparer le public de l’arène par un haut podium.

Tarraco connaît au Ier et au IIe siècles ap. J.-C. une de ses époques les plus brillantes. Les plus puissants vivent luxueusement dans de grandes villae d’otium situées en dehors de la ville. Les riches citoyens romains, qui peuvent se faire construire de grandes résidences, comme celles qu’on a découvertes aux Munts d’Altafulla, possèdent de grands thermes et des tricliniums dallés de mosaïques, avec des peintures murales et des statues. À côté de ces luxueuses demeures, il y a d’autres villae et des petites agglomérations (pagi, vici) consacrées à la production agricole et à l’élevage.

En 259 ap. J.-C., l’évêque Fructueux et ses diacres Augure et Euloge sont martyrisés dans l’amphithéâtre. Quand les empereurs romains accordent aux chrétiens la liberté de culte, on érige sur sa tombe, à côté du Francolí, une énorme nécropole paléochrétienne avec des mausolées, des sarcophages et d’humbles tombes en amphores ou en tuiles. À l’époque wisigothique, on construira une basilique dans l’amphithéâtre, à l’endroit même du martyre de l’évêque et ses diacres.

Tarraco restera une ville importante aux IVe et Ve siècles ap. J.-C. Dans le bourg de Centcelles (Constantí), un riche personnage local converti au christianisme sera enterré dans un luxueux mausolée sous une coupole décorée de mosaïques polychromes. Il est si fastueux qu’on a pu penser pendant des années qu’il pouvait s’agir de la tombe d’un empereur.

En 2000, l’UNESCO a classé les monuments romains au patrimoine de l’humanité. Au Museu Nacional Arqueològic de Tarragona et au Museu d’Història de Tarragona, sont conservés des éléments architectoniques, des céramiques, des verres, des métaux et une collection de plus de 1 200 dalles funéraires romaines, considérée comme la plus riche de toute la péninsule Ibérique.