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Laura Pérez i Vernetti

L’auteure Laura Pérez i Vernetti a gagné le 12 avril dernier le Grand Prix du Salon de la bande dessinée de Barcelone. Le Salon se tient à chaque printemps depuis 1981 à la Fira de Barcelona, le palais des congrès de Barcelone. Ce prix est donné tous les ans à un artiste catalan pour l’ensemble de son oeuvre.

La dessinatrice présente dans le paysage de la bande dessinée catalane depuis la fin des années 1980, a été récompensée pour ses livres « révolutionnaires et sans cesse en quête de nouvelles formes esthétiques et narratives ».

Elle s’intéresse depuis ses premiers coups de crayons à la poésie. Ses bandes dessinées Pessoa & cia (2011), El caso Maiakovski (2014) et Yo, Rilke (2016) mettent en images la vie et l’oeuvre de ces poètes du XXe siècle.

Portada de 'Ocho poemas. Novela gráfica' y Laura Pérez Vernetti en el Salón del Cómic de Lucca

Sa ligne claire s’adapte au poète, chaque bande dessinée a son style.

Depuis la création du Grand Prix, en 1988, seules trois femmes l’ont reçu, dont Laura Pérez i Vernatti. En entrevue, elle avoue que ce prix la touche non seulement parce qu’il reconnaît le travail d’une femme dans le milieu éditorial de la bande dessinée, mais également parce qu’il reconnaît la persévérance d’un auteur qui essaie de faire des comics poétiques, un nouveau genre qu’elle nomme « poémic ».

Página de 'Poémic'

http://www.rtve.es/rtve/20161123/laura-perez-vernetti-poetisa-del-comic-espanol/1445829.shtml

https://www.ara.cat/cultura/Laura-Perez-Vernetti-Premi-Barcelona_0_1996000539.html

 

Joan Ramis i Ramis

Depuis 1713, Maó, le principal port de la petite île de Menorca, appartient aux Britanniques. C’est là que naît Joan Ramis i Ramis en 1746 ; c’est là aussi qu’il mourra, soixante-douze ans plus tard. Jusqu’à ses dix-neuf ans Joan suit des cours de rhétorique et de philosophie à l’Université de Mallorca. Il passe ensuite son examen de droit à Avignon où il s’initie à la poésie, au théâtre.

Avignon, de nos jours

Sous contrôle français de 1756 à 1763, les Baléares font de nouveau partie de l’Empire britannique. C’est l’époque des Lumières ; Rousseau est en exil ; Kant reçoit chez lui des intellectuels ; le monde est sous l’empire de la Raison.

Favarix - Menorca - panoramio.jpg

paysage de Menorca

De retour à Maó, Joan Ramis est nommé juge du tribunal de la vice-amirauté. C’est à cette époque de sa vie qu’il commence à écrire des pièces de théâtre en catalan. S’il rencontre le succès tout d’abord avec ses pièces Lucrèce, ou Rome libérée (1769) en alexandrins rimés, Arminda (1771) et Rosaura, ou l’amour fidèle (1783), il cesse petit à petit de publier en catalan et écrit surtout des livres d’histoire. Il est un des premiers à faire une étude sur la préhistoire des îles espagnoles (Antigüedades célticas de la isla de Menorca, 1818). Mais ses œuvres historiques, très fouillées, ne sont pas appréciées comme l’était son théâtre.

Il est un des fondateurs de la Societat Maonesa de Cultura. C’est dans sa maison que se réunissent les membres de ce club d’intellectuels minorquins entre 1778 et 1783.

À cause de sa situation dans la Méditerranée, Menorca est sujette à de nombreux changements . Entre 1782 et 1798, l’île demeure sous le contrôle des Espagnols ; puis la Grande-Bretagne récupère Menorca entre 1798 et 1802, période durant laquelle Joan Ramis i Ramis refuse toute charge officielle. À partir de la sécession de Minorque à l’Espagne en 1802, il occupe les postes de « jutge d’impremtes i llibreries, examinador de mestres de primeres lletres ». À sa mort ses livres tombent sans bruit dans le proverbial oubli.

Joan Ramis i Ramis

Alors qu’ailleurs en Europe le XVIIIe siècle symbolise l’ouverture aux idées nouvelles de démocratie et d’égalité, en Catalogne, depuis la défaite de 1714, le Siècle de Lumières est plutôt obscur. Les sciences médicales voient un peu de progrès avec la fondation du Col·legi de Cirurgia de Barcelona en 1760 ;  les quelques érudits qui portent l’idéal de connaissance sont autodidactes et vivent à Barcelone ou à Cervera. Les Baléares sont délaissées par leurs intellectuels, qui fuient les îles pour le continent pour mieux se faire entendre : le philosophe Pou i Puigserver et le géographe Felip Bauzà.

Ce n’est donc qu’à la fin du XIXe siècle que les pièces de théâtre de Joan Ramis i Ramis seront redécouvertes par les écrivains catalans.

https://www.escriptors.cat/autors/ramisj/index.php

https://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0054132.xml?s_q=Joan%20Ramis#.UzQ0QIWKXJk

Sur le mouvement intellectuel Il·lustració : https://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0033496.xml

 

 

Viure, o no viure… that is the question

Les pièces de Shakespeare connurent au début du XIXe siècle, un regain de popularité partout en Europe. Les nombreuses traductions françaises, allemandes, italiennes et espagnoles ont essaimé la parole du Barde — qui atteignit inévitablement la Catalogne.

Dídac Pujol, spécialiste des traductions de Shakespeare à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, explique dans un article publié en 2012 dans la revue Babel, que les motivations derrière les premières traductions catalanes de Shakespeare sont d’ordre nationaliste : « The purpose of translating Shakespeare was to help regain the Catalan culture. » (p.97) Les desseins des traducteurs catalans de Shakespeare sont simples : créer un répertoire théâtral catalan basé sur le canon européen.

Si rien, au premier coup-d’œil, ne semble rapprocher le catalan de la Renaixença de l’anglais élisabéthain, ces deux langues partageaient pourtant, selon Vanessa Palomo, auteure d’une étude sur les traductions shakespearienne de Josep Maria de Sagarra,  la caractéristique d’être à leurs époques respectives en construction. Les possibilités d’inventions linguistiques du catalan à la fin du XIXe siècle étaient donc immenses. Beaucoup d’écrivains aux intérêts divers — des poètes surtout — essaieront de tirer parti de cette flexibilité du catalan. Le jeune Carles Riba publie en 1909 sa traduction des Sonnets ; onze ans plus tard, Magí Morera i Galícia termine son Hamlet catalan.

Mais les bottes franquistes foulent Barcelone le 26 janvier 1939 et l’on confisque dans toute la ville le matériel d’imprimerie. L’usage du catalan est interdit dans les sphères administratives et les œuvres littéraires écrites dans cette langue doivent à partir de ce moment être clandestines. Ce n’est qu’à partir de 1945 qu’on autorise les traductions littéraires – à la condition qu’elles soient bien sûr des « recréations littéraires », et non de simples traductions. Toute traduction qui  ne répondrait pas à cette condition se verra interdite. Lorsque Josep Maria de Sagarra publie dans les années 1950, avec l’aide financière de Santiago Martí, ses traductions des pièces de Shakespeare, il doit donc les antidater : 1935.

Sagarra, déjà connu pour avoir remporté plus jeune de nombreux prix pour ses poèmes et ses pièces de théâtre, revient en 1940 en Catalogne. Les prolifiques années 1930, il les a terminées à Paris avec des artistes espagnols et français de l’entre-deux-guerres. Il y écrivait des articles qu’il envoyait aux journaux catalans, mijotait un roman et s’était même mis à la traduction de la Divine Comédie en catalan. Mine de rien, il avait pris goût à cette traduction. Mais ce qu’il préférait tout de même, c’était écrire pour la scène. Il avait tourné son œil sur l’oeuvre de Shakespeare : en traduisant un auteur de cette stature, il s’en pourrait s’en donner à cœur joie. Il mêlerait le pittoresque du théâtre populaire catalan, qu’il connaissait bien, et la fracassante langue qui était la sienne, celle de l’époque moderne.

Pujol comme Palomo soulignent les qualités des traductions de Sagarra : le rythme et la rime sont conservés, tout comme le ton général. Le traducteur privilégie cependant l’originalité et l’oralité du texte original au détriment parfois du sens. Si la lecture comparative révèle des différences sémiotiques, la représentation des pièces sur scène donne cependant raison au traducteur ; ses traductions sont faites pour être jouées, être dites et non seulement lues. « Sagarra is one of the best Catalan translators of Shakespeare’s plays precisely because of the fictive orality he constructs, employs and exploits » conclue Pujol en rappelant que Sagarra demandait à des acteurs de lui faire des suggestions pour améliorer ses pièces et ainsi s’assurer qu’on pourrait jouer son Shakespeare.

sources:

Dídac Pujol, « Josep Maria de Sagarra, a Catalan translator of Shakespeare’s plays », revue Babel, vol 58-1, 2012 – voir également le site très complet de ce professeur de traduction: http://www.didacpujol.com/

Et l’article de Vanessa Palomo:

https://publicacions.iec.cat/repository/pdf/00000243/00000021.pdf

Pere II el Catòlic – Pierre II le Catholique

Nous étions en 1176. Sancha de Castille accouchait de son premier fils  cette année où fut conclue la paix de Tarascon. Alphonse, second du nom,  père de cet enfant et comte de Barcelone, de Besalú, de Gérone, de Roussillon et roi d’Aragon, le nomma Pierre.

La prise de la Castille par les troupes almohades du calife Abu le Victorieux et la conséquente défaite d’Alphonse dit le Noble, neveu du roi d’Aragon, forcèrent le souverain catalan à s’allier d’anciens rivaux pour contrer la progression de l’envahisseur. Afin d’assurer la victoire de ses nouveaux alliés sur les Maures, le roi entreprit un pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Les chemins qui menaient vers la Galice étaient ardus ; peu de temps après son retour de voyage, avant d’atteindre ses quarante ans, Alphonse II succombait à un mal mystérieux. Au jeune Pierre, le testament attribua le royaume d’Aragon et les comtés de Barcelone et de Roussillon.

Très actif dans les premières années de son règne, Pierre II signa entre autre un pacte de non-agression avec Gênes et scella une très éphémère entente avec l’Empereur des Almohades.

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D’un malheureux  mariage avec Marie de Montpellier il obtint le comté fort convoité de Montpellier et deux enfants, une fille prénommée Sancha et un fils, Jacques, qu’on allait surnommer le Conquérant. Dès le second automne, on entama des procédures de divorce auprès d’Innocent III. Sans attendre l’agrément papal, Pierre demanda la main de la reine de Jérusalem, Marie de Montferrat, et proposa d’organiser une croisade pour protéger la Terre Sainte.

Il s’allia en 1204 à Alphonse VIII, roi de Castille qui allait l’aider dans la bataille contre les Almohades, dans les vallées de la Sierra Morena.

Les efforts de paix que Pierre II avait entrepris entre les populeuses familles royales d’Occitanie et de Provence ne durèrent que quelques années, car en 1208 le très saint Innocent III ordonna que fussent lancées des attaques contre les Albigeois. Les cibles de ces attaques – des alliés de Pierre II – demandèrent l’intercession de celui-ci. Pierre assista donc, un froid midi de janvier 1211, à la rencontre entre Simon de Montfort, le représentant des croisés, et le vicomte de Béziers et de Carcassonne. Pour éviter que ne se poursuivît le bain de sang, on convint de marier le fils de Pierre, le petit Jacques, à la fille de Simon de Montfort.

Les troupes de Montfort ne tinrent pas longtemps compte de cette trêve et rattaquèrent Toulouse et les cathares. Pierre II qui était occupé d’autre guerre, tourna son regard sur l’Occitanie et décida de venir en aide au vicomte de Carcassonne. Les troupes de Simon de Montfort surpassèrent celles du comte de Barcelone. Ce dernier succomba à ses blessures le 14 septembre 1213, excommunié par Innocent III.

Les frères hospitaliers de Toulouse qui avaient recueilli la dépouille, durent donc la garder jusqu’à ce qu’Honorius III héritât de la tiare vaticane, en 1217. On permit alors que Pierre fût inhumé dans la cour du monastère qu’avait fondé sa mère trente ans plus tôt.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Las_Navas_de_Tolosa

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