Archives de catégorie : littérature

Laura Pérez i Vernetti

L’auteure Laura Pérez i Vernetti a gagné le 12 avril dernier le Grand Prix du Salon de la bande dessinée de Barcelone. Le Salon se tient à chaque printemps depuis 1981 à la Fira de Barcelona, le palais des congrès de Barcelone. Ce prix est donné tous les ans à un artiste catalan pour l’ensemble de son oeuvre.

La dessinatrice présente dans le paysage de la bande dessinée catalane depuis la fin des années 1980, a été récompensée pour ses livres « révolutionnaires et sans cesse en quête de nouvelles formes esthétiques et narratives ».

Elle s’intéresse depuis ses premiers coups de crayons à la poésie. Ses bandes dessinées Pessoa & cia (2011), El caso Maiakovski (2014) et Yo, Rilke (2016) mettent en images la vie et l’oeuvre de ces poètes du XXe siècle.

Portada de 'Ocho poemas. Novela gráfica' y Laura Pérez Vernetti en el Salón del Cómic de Lucca

Sa ligne claire s’adapte au poète, chaque bande dessinée a son style.

Depuis la création du Grand Prix, en 1988, seules trois femmes l’ont reçu, dont Laura Pérez i Vernatti. En entrevue, elle avoue que ce prix la touche non seulement parce qu’il reconnaît le travail d’une femme dans le milieu éditorial de la bande dessinée, mais également parce qu’il reconnaît la persévérance d’un auteur qui essaie de faire des comics poétiques, un nouveau genre qu’elle nomme « poémic ».

Página de 'Poémic'

http://www.rtve.es/rtve/20161123/laura-perez-vernetti-poetisa-del-comic-espanol/1445829.shtml

https://www.ara.cat/cultura/Laura-Perez-Vernetti-Premi-Barcelona_0_1996000539.html

 

Joan Ramis i Ramis

Depuis 1713, Maó, le principal port de la petite île de Menorca, appartient aux Britanniques. C’est là que naît Joan Ramis i Ramis en 1746 ; c’est là aussi qu’il mourra, soixante-douze ans plus tard. Jusqu’à ses dix-neuf ans Joan suit des cours de rhétorique et de philosophie à l’Université de Mallorca. Il passe ensuite son examen de droit à Avignon où il s’initie à la poésie, au théâtre.

Avignon, de nos jours

Sous contrôle français de 1756 à 1763, les Baléares font de nouveau partie de l’Empire britannique. C’est l’époque des Lumières ; Rousseau est en exil ; Kant reçoit chez lui des intellectuels ; le monde est sous l’empire de la Raison.

Favarix - Menorca - panoramio.jpg

paysage de Menorca

De retour à Maó, Joan Ramis est nommé juge du tribunal de la vice-amirauté. C’est à cette époque de sa vie qu’il commence à écrire des pièces de théâtre en catalan. S’il rencontre le succès tout d’abord avec ses pièces Lucrèce, ou Rome libérée (1769) en alexandrins rimés, Arminda (1771) et Rosaura, ou l’amour fidèle (1783), il cesse petit à petit de publier en catalan et écrit surtout des livres d’histoire. Il est un des premiers à faire une étude sur la préhistoire des îles espagnoles (Antigüedades célticas de la isla de Menorca, 1818). Mais ses œuvres historiques, très fouillées, ne sont pas appréciées comme l’était son théâtre.

Il est un des fondateurs de la Societat Maonesa de Cultura. C’est dans sa maison que se réunissent les membres de ce club d’intellectuels minorquins entre 1778 et 1783.

À cause de sa situation dans la Méditerranée, Menorca est sujette à de nombreux changements . Entre 1782 et 1798, l’île demeure sous le contrôle des Espagnols ; puis la Grande-Bretagne récupère Menorca entre 1798 et 1802, période durant laquelle Joan Ramis i Ramis refuse toute charge officielle. À partir de la sécession de Minorque à l’Espagne en 1802, il occupe les postes de « jutge d’impremtes i llibreries, examinador de mestres de primeres lletres ». À sa mort ses livres tombent sans bruit dans le proverbial oubli.

Joan Ramis i Ramis

Alors qu’ailleurs en Europe le XVIIIe siècle symbolise l’ouverture aux idées nouvelles de démocratie et d’égalité, en Catalogne, depuis la défaite de 1714, le Siècle de Lumières est plutôt obscur. Les sciences médicales voient un peu de progrès avec la fondation du Col·legi de Cirurgia de Barcelona en 1760 ;  les quelques érudits qui portent l’idéal de connaissance sont autodidactes et vivent à Barcelone ou à Cervera. Les Baléares sont délaissées par leurs intellectuels, qui fuient les îles pour le continent pour mieux se faire entendre : le philosophe Pou i Puigserver et le géographe Felip Bauzà.

Ce n’est donc qu’à la fin du XIXe siècle que les pièces de théâtre de Joan Ramis i Ramis seront redécouvertes par les écrivains catalans.

https://www.escriptors.cat/autors/ramisj/index.php

https://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0054132.xml?s_q=Joan%20Ramis#.UzQ0QIWKXJk

Sur le mouvement intellectuel Il·lustració : https://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0033496.xml

 

 

Maria del Mar Bonet i Verdaguer

Portrait de Maria del Mar Bonet i Verdaguer

Maria del Mar Bonet i Verdaguer est née à Palme de Majorque, le 27 Avril 1947, où elle a passé toute son enfance.  Très jeune, elle s’est révélée une femme d’une grande sensibilité artistique. Aussi, de très tôt, elle apprit le solfège et la guitare et intégra à l’âge de onze ans la chorale Stella Maris où elle eut l’opportunité de connaitre et de s’intéresser à la chanson populaire ou folklorique des îles Baléaires. Quelques années plutard, soit en 1964, Maria del Mar Bonet, accompagnée de sa guitare, commença à chanter en public en ayant un répertoire composé uniquement de thèmes du folklore insulaire. Ainsi, sa participation au «Premier Festival de la Cançó Catalana», organisé à Palme, fut l’une de ses premières actions. Un tel festival lui permit de rencontrer Raimon, Nuria Feliu et Joan Ramón Bonet, son frère qui fut membre du groupe «Els Setze Jutges»

En 1966, après ses études de beaux-arts, elle se spécialisa en études artistiques de céramique à Barcelone puis décida de s’adonner complètement à la musique. Un an plutard, Maria del Mar Bonet fit partie du groupe «Els Setze Jutges» sous l’influence de son frère ainsi que Lluís Serrahima et Remei Margarit et édita son premier disque composé de quatre chansons populaires de Minorque. Ainsi, un tel disque laissa déjà entrevoir sa passion pour la musique populaire et la culture méditerranéenne qui ont un rôle constant dans ses œuvres.

En 1968, elle édita un nouveau disque qui intégra trois principaux thèmes inspirés du folklore populaire tels que: «Cançó d’es majoral, Cançó del bon amor y Me n’aniré de casa» et une chanson écrite à partir d’une lettre de Lluís Serrahima qui s’intitule «Que volen aquesta gent» Ensuite, pendant cette même année, par l’intermédiaire de Pau Riba, elle décida de collaborer aussi avec le groupe de Folk et participa au festival historique organisé par ce groupe dans le parc «Ciutadella» Plus encore, Maria del Mar Bonet intégra aussi l’univers théâtral en participant comme actrice dans certaines œuvres comme «La nau» de Josep Maria Benet et «Vens de garbi i una mica de por» de Maria Aurèlia Capmany. En 1969, elle sortit un nouveau disque avec la chanson «jo em donaria a qui em volgués» tirée du poème de Josep Palau i Fabre. D’ailleurs, cette chanson lui a valu le prix du disque catalan.

En résumé, Figure très emblématique de la voix féminine dans le domaine artistique,  elle édita beaucoup de disques de musique folk en catalan en dépit des interdictions du régime franquiste. De plus, elle a réalisé plusieurs concerts en Europe, Afrique du Nord et Amérique Latine et participe encore à la recherche de nouvelles formes d’expressions artistiques. En 1984, la Generalitat de Catalogne lui décerna le prix distinction, «Creu de Sant Jordi». Puis, en 2011, elle reçût du Ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sports de l’Espagne la médaille d’or du mérite des beaux-arts sans compter tant d’autres.

Sources:

https://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0011120.xml

https://fr.wikipedia.org/wiki/Maria_del_Mar_Bonet

mariadelmarbonet.com/ultramar/

Crédit Photo:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Langue_catalane

 

Mercè Rodoreda

Mercè Rodoreda i Gurguí, née à Barcelone le 10 octobre 1908 et décédée à Gérone (ville située dans le nord-est de l’Espagne en Catalogne) le 13 avril 1983 à 74 ans. C’était une écrivaine catalane, auteure de plusieurs romans et de nouvelles. Ses œuvres ont été traduites du catalan vers vingt-sept autres langues.

Mercè Rodoreda est probablement la romancière la plus importante de la littérature catalane et aussi sans doute, la plus traduite, La place du diamant est son roman le plus populaire et le plus traduit. Cette auteure est pleinement inscrite dans le XXe siècle, elle y vivra d’ailleurs la plupart de ces tragédies, dont la guerre civile espagnole et la Deuxième Guerre mondiale. La guerre civile qui l’a poussée vers un long exil et la guerre mondiale qui lui a fait vivre plusieurs événements traumatisants ont fait d’elle l’écrivaine qu’elle est devenue. En fait, sa vie est vraiment celle d’une romancière. Elle affirme avoir vécu comme il faut vivre, c’est-à-dire dangereusement. Suite à la mort de son amant Joan Prat, critique littéraire plus connu sous le pseudonyme d’Armand Obiols, à Vienne en 1972, elle décida de rentrer en Catalogne. Elle habitera à Romanyà de la Selva (prêt de Gérone dans le nord-est catalan), dans la maison de campagne de Carme Manrubia. Elle y acheva son œuvre la plus ambitieuse, Mirall trencat (1974) et le recueil de contes Viatges i flors (1980). Son dernier roman, Tant et tant de guerre, fut publié en 1980, date à laquelle Rodoreda reçut le Prix d’honneur des lettres catalanes. Elle mourut d’un cancer peu de temps après en 1983.

Le roman, La place du diamant, raconte l’histoire d’une Catalane, Natàlia, femme du peuple, originaire du quartier de Gracia à Barcelone. Avec délicatesse et discrétion, ce roman évoque son adolescence, le travail, vendeuse dans une pâtisserie du quartier, son mariage, les maternités, la mort de son mari, la guerre civile, la faim, le désespoir extrême, son remariage, etc. Ce témoignage émouvant par la simplicité d’une vie banale en apparence, mais qui se déroule pendant une époque mouvementée, la guerre civile puis les années noires qui suivent la victoire du franquisme. Tout au long de son célèbre roman, l’auteure restera toujours vague sur les détails et le déroulement de la guerre. En effet, elle utilisera ce même genre dans plusieurs de ses œuvres tel que son dernier roman Tant et tant de guerre et dans la nouvelle Nuit et brouillard. Pourtant cette guerre civile espagnole (1936-1939), où se déroule principalement l’action de La place du diamant, est particulièrement violente et fait des ravages et des victimes partout en Espagne.

 

Bibliographie :

BABELIO, Mercè Rodoreda, Biographie et Informations, [en ligne], https://www.babelio.com/auteur/Merce-Rodoreda/52270 [page consulté le 23 novembre 2017].

GALLIMARD, Du monde entier, La place du Diamant, [en ligne], http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/La-place-du-Diamant [page consulté le 29 novembre 2017].

RÀFOLS-SAGUÉS, Elisabet, chargé de cours Université de Montréal, Note de cours Panorama des littératures catalanes (automne 2017), CTL 1140.

RODOREDA, Mercè, La place du diamant ; traduit du catalan par Bernard Lesfargues ; avec la collaboration de Pierre Verdaguer. Paris: Gallimard 2006.

 

Le Canigou

Premièrement, il est important de mentionner que le poème décrit ici fait partie d’une œuvre beaucoup plus large contenue dans un livre.  Canigó est un poème épique écrit en 1886 par Jacint Verdaguer. Il est un des textes les plus emblématique de la Renaixença catalane. Il faut tout d’abord se rappeler l’importance des Pyrénées et plus particulièrement du pic du Canigou pour saisir l’ampleur du poème. Il est le plus haut sommet oriental de la chaîne des Pyrénées et par temps clair nous pouvons apercevoir la ville de Barcelone. Il est aussi connu pour héberger l’abbaye de Saint-Martin du Canigou. À quelques jours du solstice d’été, plusieurs centaines de randonneurs apportent au sommet du Canigou des bouts de bois qui seront embrassés par une flamme sacrée qui brûle depuis 1960.  Elle est ensuite redistribuée dans tous les villages catalans et même en Provence pour allumer les feux de la Saint-Jean. C’est un symbole de partage et de fraternité. Un rituel précieux aux yeux des Catalans.

Ce poème est un excellent exemple du style littéraire et poétique de la Renaixença catalane qui se situe autour de 1833 et qui se termine dans le dernier quart du XIXe siècle. Nous remarquerons la volonté de faire renaître la culture, l’histoire, le passé glorieux et la langue catalane dans la majorité des œuvres de cette époque en Catalogne. Ce mouvement culturel et nationaliste, promulgué par la nouvelle bourgeoisie catalane, s’inscrit dans le courant du romantisme européen. Le poème de Verdaguer suit une logique et il est structuré en vers et en strophe égales et rythmées en comparaison aux différents styles littéraires qui suivront telle que le modernisme, le Noucentisme et surtout de l’avant-gardisme.  Ce poème remonte aux origines de la nation catalane qui vit probablement le jour dans quelques parts dans les Pyrénées entre la France et la Catalogne. Le poème ne traite pas des frontières et des pays, mais évoque les peuples et le passé lointain de ces montagnes dont le Canigou en est le plus haut sommet : « …à hauteur d’astre, je te couronne de gloire; au-dessus il n’y a que Dieu. » Ces montagnes qui ont été aux premières loges pour contempler une bonne partie de l’histoire européenne occidentale :

« De combien de guerres le Roussillon n’a-t-il pas été le théâtre ?

Porte de l’Ibérie, combien de nations n’a-t-il vu passer?

Les montagnes, gradins de cet amphithéâtre

Ont vu sur la plage grandissante se battre plus de peuples

Que de vagues dans la mer. »

 

Bibliographie :

FRANCE INFO, 3 Occitanie,  Le Canigou : le sommet catalan, [en ligne], http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/pyrenees-orientales/perpignan/le-canigou-le-sommet-catalan-1042025.html  [page consulté le 16 novembre 2017].

RÀFOLS-SAGUÉS, Elisabet, chargé de cours Université de Montréal, Note de cours Panorama des littératures catalanes (automne 2017), CTL 1140.

WIKIPEDIA, Canigó, [en ligne], https://fr.wikipedia.org/wiki/Canig%C3%B3 [page consulté le 16 novembre 2017].

Viure, o no viure… that is the question

Les pièces de Shakespeare connurent au début du XIXe siècle, un regain de popularité partout en Europe. Les nombreuses traductions françaises, allemandes, italiennes et espagnoles ont essaimé la parole du Barde — qui atteignit inévitablement la Catalogne.

Dídac Pujol, spécialiste des traductions de Shakespeare à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, explique dans un article publié en 2012 dans la revue Babel, que les motivations derrière les premières traductions catalanes de Shakespeare sont d’ordre nationaliste : « The purpose of translating Shakespeare was to help regain the Catalan culture. » (p.97) Les desseins des traducteurs catalans de Shakespeare sont simples : créer un répertoire théâtral catalan basé sur le canon européen.

Si rien, au premier coup-d’œil, ne semble rapprocher le catalan de la Renaixença de l’anglais élisabéthain, ces deux langues partageaient pourtant, selon Vanessa Palomo, auteure d’une étude sur les traductions shakespearienne de Josep Maria de Sagarra,  la caractéristique d’être à leurs époques respectives en construction. Les possibilités d’inventions linguistiques du catalan à la fin du XIXe siècle étaient donc immenses. Beaucoup d’écrivains aux intérêts divers — des poètes surtout — essaieront de tirer parti de cette flexibilité du catalan. Le jeune Carles Riba publie en 1909 sa traduction des Sonnets ; onze ans plus tard, Magí Morera i Galícia termine son Hamlet catalan.

Mais les bottes franquistes foulent Barcelone le 26 janvier 1939 et l’on confisque dans toute la ville le matériel d’imprimerie. L’usage du catalan est interdit dans les sphères administratives et les œuvres littéraires écrites dans cette langue doivent à partir de ce moment être clandestines. Ce n’est qu’à partir de 1945 qu’on autorise les traductions littéraires – à la condition qu’elles soient bien sûr des « recréations littéraires », et non de simples traductions. Toute traduction qui  ne répondrait pas à cette condition se verra interdite. Lorsque Josep Maria de Sagarra publie dans les années 1950, avec l’aide financière de Santiago Martí, ses traductions des pièces de Shakespeare, il doit donc les antidater : 1935.

Sagarra, déjà connu pour avoir remporté plus jeune de nombreux prix pour ses poèmes et ses pièces de théâtre, revient en 1940 en Catalogne. Les prolifiques années 1930, il les a terminées à Paris avec des artistes espagnols et français de l’entre-deux-guerres. Il y écrivait des articles qu’il envoyait aux journaux catalans, mijotait un roman et s’était même mis à la traduction de la Divine Comédie en catalan. Mine de rien, il avait pris goût à cette traduction. Mais ce qu’il préférait tout de même, c’était écrire pour la scène. Il avait tourné son œil sur l’oeuvre de Shakespeare : en traduisant un auteur de cette stature, il s’en pourrait s’en donner à cœur joie. Il mêlerait le pittoresque du théâtre populaire catalan, qu’il connaissait bien, et la fracassante langue qui était la sienne, celle de l’époque moderne.

Pujol comme Palomo soulignent les qualités des traductions de Sagarra : le rythme et la rime sont conservés, tout comme le ton général. Le traducteur privilégie cependant l’originalité et l’oralité du texte original au détriment parfois du sens. Si la lecture comparative révèle des différences sémiotiques, la représentation des pièces sur scène donne cependant raison au traducteur ; ses traductions sont faites pour être jouées, être dites et non seulement lues. « Sagarra is one of the best Catalan translators of Shakespeare’s plays precisely because of the fictive orality he constructs, employs and exploits » conclue Pujol en rappelant que Sagarra demandait à des acteurs de lui faire des suggestions pour améliorer ses pièces et ainsi s’assurer qu’on pourrait jouer son Shakespeare.

sources:

Dídac Pujol, « Josep Maria de Sagarra, a Catalan translator of Shakespeare’s plays », revue Babel, vol 58-1, 2012 – voir également le site très complet de ce professeur de traduction: http://www.didacpujol.com/

Et l’article de Vanessa Palomo:

https://publicacions.iec.cat/repository/pdf/00000243/00000021.pdf

Le livre de l’ami et de l’aimé/Llibre d’amic e amat

Ramon Llull, naît en 1232 à Majorque et meurt probablement en mer au large de cette île en 1315, suite à ses blessures subies par une foule hostile à Tunis ou à Bougie. Il est sûrement l’inventeur du catalan littéraire. Il est le premier à utiliser cette langue vernaculaire en opposition à la langue véhiculaire de l’époque le latin, pour exprimer des connaissances philosophiques, scientifiques et techniques. À ses 30 ans en 1265, il subit une foudroyante conversion qui le poussa à tout abandonner pour se mettre à réfléchir et à écrire sur le christianisme et d’une méthode afin de convertir le plus de gens possible. Exactement comme le précise Michel Cazenave dans la préface du Livre de l’ami et de l’Aimé de l’édition Bartillat 2008 : « C’est peut-être là, en fin de compte, l’une des singularités des franciscains de ce siècle, qu’après avoir épuisé les délices humains, ils se retournent vers Dieu pour goûter au pur amour.». Voyageur infatigable et polyglotte il ira prêcher ses idées à travers une grande partie du monde connu de l’époque.

 

 

Voici les plus importantes Influences du Livre de l’ami et de l’Aimé :

Premièrement il y a forcément le Cantique des Cantiques, un livre de la bible faisant partie de la Septante, la version grecque ancienne de la totalité des Écritures bibliques de l’Ancien Testament. Probablement le livre de la bible le plus poétique, il fut rejeté au départ à cause de ses nombreuses images érotiques.

Deuxièmement, il y eut aussi la littérature provençale (poésie provençale) et les littératures occitanes. Les poésies des troubadours représentent en grande partie tout ce qui reste de la littérature provençale. Écrite en langue d’oc/occitans (Sud de la France) à ne pas confondre avec la langue d’oïl (Nord de la France) qui se transformera plus tard en français.

Troisièmement, la théologie arabe (mysticisme soufi) influencera aussi l’œuvre de Llull.

 

LLULL, Ramon, 2008, Le livre de l’ami et de l’Aimé, traduit du catalan par Guy Lévis Mano et Josep Palau, éditions Bartillat.

RÀFOLS-SAGUÉS, Elisabet, chargé de cours Université de Montréal, Note de cours Panorama des littératures catalanes (automne 2017), CTL 1140.

WIKIPEDIA, Cantique des Cantiques, [en ligne], https://fr.wikipedia.org/wiki/Cantique_des_Cantiques, [page consulté le 15 octobre 2017].

WIKIPEDIA, Ramon Llull, [en ligne], https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Lulle [page consulté le 10 octobre 2017].

Guillem de Cabestany

Guillem de Cabestany (ou Cabestanh en occitan) est un troubadour du Roussillon, donc poète de langue occitane. Il aurait vécu (possiblement!) entre 1162 et 1212.

La vie personnelle du personnage est très peu connue : on lui attribue neuf poèmes, dont le plus fameux est «  Lo dous cossire » (Le doux souci).

Tot jorn m’azire

Amors que·us mi defen,

s’ieu ja·l cor vire

ves autra, ni·m desmen.

Tout m’ avetz rire

e donat pessamen ;

pus greu martire

de mi nulhs hom no sen…

(Qu’à jamais me haïsse

Amour qui vous refuse à moi

si jamais je tourne mon cœur

vers une autre ou change d’avis.

Vous m’avez ôté le sourire

et donné le souci ;

il n’est pas d’homme qui ressente

un martyre plus cruel que le mien…)

Malheureusement pour le poète, son intérêt majeur se trouve dans son héritage légendaire, et non dans son existence réelle. La tragédie du cœur mangé par son amante est un récit célèbre qui se diffusera partout en Europe. Plusieurs versions après sa mort amplifieront le mythe du  »màrtir d’amor. », et rajouteront des tournures plus dramatiques à certains épisodes ou reprendront presque exactement la légende. Selon celle-ci, Cabestany serait tombé en amour avec Saurimonda, la femme d’un comte provençal. Furieux, celui-ci aurait tué Cabestany et l’aurait donné à manger à la dame, qui se suicidera ensuite :

« Senyor, m’heu donat tan bona menja que mai més no en menjaré d’altra. » … i ella va córrer cap a un balcó i es deixà caure a baix, i així va morir.

(« Vous m’avez donné un plat si bon que jamais je n’en mangerai d’autre. »  … Et elle courut jusqu’à un balcon et se laissa tomber en bas, et ainsi mourut.)

Ce thème narratif venant sans doute d’Orient fut aussi appliqué à la vie de plusieurs troubadours. Le thème du « cœur mangé » est un motif qui se répète dans les récits d’amour courtois et dans les Vidas des troubadours. Loin d’être seulement des écrivains, ceux et celles-ci étaient aussi des personnages à part entière, auxquels on attribuait légendes et destins tragiques. Les Vidas étaient des textes à prétention biographique, qui se voulaient des classifications, des catégorisations, des auteurs du fine amor. Il y avait là une recherche, une volonté de créer une mémoire culturelle. Au-delà de sa production poétique, Cabestany est donc un exemple de la dramatisation des existences de ces célébrités médiévales, et du travail sur la mémoire qui s’y accomplissait déjà.

Sources :

Vikipedia – Guillem de Cabestany

Enciclopèdia.cat – Guillem de Cabestany

Université de Montpellier – http://disciplines.ac-montpellier.fr/catalan/sites/catalan/files/fichiers/dp/panorama/annexos-2.pdf

Mariella Di Maio – Le cœur mangé : Histoire d’un thème littéraire du Moyen Âge au XIXe siècle, p. 22 à 31

Simon Gaunt et Sarah Kay – The troubadours : An Introduction, p.246-252

 

Le début du XXe siècle et le chemin vers la standardisation du catalan

Le tournant du XXe siècle a vu grandir en Catalogne un mouvement de revendication identitaire, et c’est tout naturellement par la langue que s’est exprimée principalement cette première grande phase de ce qui deviendra rapidement le catalanisme politique.

Cependant, cette langue, perçue comme vecteur d’un futur mouvement de masse d’identification à la culture catalane, formait, en dépit du nombre de locuteurs, une sorte de géant au pied d’argile. En effet, le catalan n’était pas encore une langue standardisée, et nul besoin de s’étendre sur le sujet pour comprendre comment cette dure réalité menaçait de tuer dans l’œuf les balbutiements du catalanisme politique.

Une standardisation du catalan s’imposait, mais deux mouvements eux, s’opposaient: d’un côté, les partisans d’une langue traditionnelle, fortement castillanisée et se basant beaucoup sur l’espagnol pour pallier les lacunes du vocabulaire à l’époque plus ou moins riche selon les domaines; de l’autre, des fervents défenseurs d’une sorte de démocratisation de la langue catalane, aux standards basés sur la langue parlée, avec des compromis pour y représenter les variantes régionales jusqu’à une certain point.

Finalement, les « traditionnaliste » ne sont pas parvenu à maintenir en vie leur projet d’une langue basée sur celle de la littérature, entre autres à cause d’un manque de diffusion de leur variante, souvent restreinte à des publications dans des domaines réservés à certains érudits, en littérature principalement. À cet égard, les Jocs florals étaient associés d’ailleurs à ce mouvement.

Emblème des Jeux floraux au XIXe siècle

C’est donc une forme de démocratisation qui s’est effectuée jusque dans les années 1930 en Catalogne, et plus tard dans les autres pays catalans, à une échelle moins importante toutefois. Avec des institutions dont l’Institut d’Estudis Catalans, la langue catalane s’est vue standardisée sur les plans de l’usage, de la grammaire, de l’orthographe et du vocabulaire, ce qui a grandement outillé le mouvement identitaire catalan, qui est parvenu à implanté une langue « achevée », pour ainsi dire, dans le système scolaire de la Deuxième République espagnole, soit de 1931 à 1936.

Logo de l’Institut d’Estudis Catalans

 

Pompeu Fabra, « père » du catalan moderne.

En bref, le premier tier du siècle représente une période clef pour la langue catalane, et il est clair que sans celle-ci, la diffusion de la culture et de la langue en Catalogne serait tout autre… pour ne pas dire, presque inexistante!

Sources :

http://www.laviedesidees.fr/Catalanisme-histoire-d-un-concept.html

http://www.academia.edu/4020822/Approche_à_une_comparaison_historique_entre_le_cas_catalan_et_le_norvégien_une_étude_de_cas_dans_la_standardologie

Images :

http://www.bnc.cat/var/bnc_site/storage/images/visita-ns/exposicions/la-primera-victoria-de-la-renaixenca.-150e-aniversari-de-la-restauracio-dels-jocs-florals-de-barcelona-1859-2009/6911-1-cat-ES/La-primera-victoria-de-la-Renaixenca.-150e-aniversari-de-la-restauracio-dels-Jocs-Florals-de-Barcelona-1859-2009_large.gif

http://locampusdiari.com/wp-content/uploads/2016/10/IEC_DosJunts_COLOR.jpg

http://blocs.xtec.cat/pompeu/files/2009/02/pompeu-fabra.jpg

Tirant le Blanc

« Tirant le Blanc » est un roman de chevalerie écrit par Joanot Martorell (terminé par Marti Joan de Galba) et publié en 1490. C’est un des travaux médiévaux les plus connus de la littérature catalane.

Ce qui me semble intéressant, est que Miguel de Cervantes s’en est influencé. Il en a d’ailleurs introduit un passage dans son oeuvre « Don Quichotte », au chapitre 22. Ca sera à cette issue que le texte de Martorell se fera traduire en français pour la première fois.

En France, le roman est tres bien connue pour la raison suivante : à Nantes, il y a une place qui porte le titre du roman. Ca serait soit disant l’endroit où est né la mère du chevalier, et où il fut enterré avec son aimée.

Le roman fut adapté en film en 2006 par Vincente Aranda (version anglaise). Il l’a nommé « The Maiden’s Conspiracy ». Il avait 14 millions d’euros pour sa réalisation, mais le weekend d’ouverture, ils ne gagnèrent que 467 mille euros (en Espagne). Ils ont filmé à Madrid, Istanbul, Palermo, Grenade, Huelva, Barcelone et Valence. Le film reçu deux nominations en 2006 aux « Barcelona Film Awards »:

-Best Cinematography (José Luis Alcaine)

-Best Art Direction (Josep Rosell)

Ils n’ont cependant pas gagné.

Bibliographie:

http://en.wikipedia.org/wiki/Tirant_lo_Blanch

« Des vertus des personnages du Tirant lo Blanc et de leur appétit : réflexions sur le rôle de la nourriture dans l’œuvre de Joanot Martorell », Frédéric Alchalabi

http://en.wikipedia.org/wiki/Tirant_lo_Blanc_(film)

http://www.imdb.com/title/tt0448154/