Archives de catégorie : culture

Laura Pérez i Vernetti

L’auteure Laura Pérez i Vernetti a gagné le 12 avril dernier le Grand Prix du Salon de la bande dessinée de Barcelone. Le Salon se tient à chaque printemps depuis 1981 à la Fira de Barcelona, le palais des congrès de Barcelone. Ce prix est donné tous les ans à un artiste catalan pour l’ensemble de son oeuvre.

La dessinatrice présente dans le paysage de la bande dessinée catalane depuis la fin des années 1980, a été récompensée pour ses livres « révolutionnaires et sans cesse en quête de nouvelles formes esthétiques et narratives ».

Elle s’intéresse depuis ses premiers coups de crayons à la poésie. Ses bandes dessinées Pessoa & cia (2011), El caso Maiakovski (2014) et Yo, Rilke (2016) mettent en images la vie et l’oeuvre de ces poètes du XXe siècle.

Portada de 'Ocho poemas. Novela gráfica' y Laura Pérez Vernetti en el Salón del Cómic de Lucca

Sa ligne claire s’adapte au poète, chaque bande dessinée a son style.

Depuis la création du Grand Prix, en 1988, seules trois femmes l’ont reçu, dont Laura Pérez i Vernatti. En entrevue, elle avoue que ce prix la touche non seulement parce qu’il reconnaît le travail d’une femme dans le milieu éditorial de la bande dessinée, mais également parce qu’il reconnaît la persévérance d’un auteur qui essaie de faire des comics poétiques, un nouveau genre qu’elle nomme « poémic ».

Página de 'Poémic'

http://www.rtve.es/rtve/20161123/laura-perez-vernetti-poetisa-del-comic-espanol/1445829.shtml

https://www.ara.cat/cultura/Laura-Perez-Vernetti-Premi-Barcelona_0_1996000539.html

 

Joan Ramis i Ramis

Depuis 1713, Maó, le principal port de la petite île de Menorca, appartient aux Britanniques. C’est là que naît Joan Ramis i Ramis en 1746 ; c’est là aussi qu’il mourra, soixante-douze ans plus tard. Jusqu’à ses dix-neuf ans Joan suit des cours de rhétorique et de philosophie à l’Université de Mallorca. Il passe ensuite son examen de droit à Avignon où il s’initie à la poésie, au théâtre.

Avignon, de nos jours

Sous contrôle français de 1756 à 1763, les Baléares font de nouveau partie de l’Empire britannique. C’est l’époque des Lumières ; Rousseau est en exil ; Kant reçoit chez lui des intellectuels ; le monde est sous l’empire de la Raison.

Favarix - Menorca - panoramio.jpg

paysage de Menorca

De retour à Maó, Joan Ramis est nommé juge du tribunal de la vice-amirauté. C’est à cette époque de sa vie qu’il commence à écrire des pièces de théâtre en catalan. S’il rencontre le succès tout d’abord avec ses pièces Lucrèce, ou Rome libérée (1769) en alexandrins rimés, Arminda (1771) et Rosaura, ou l’amour fidèle (1783), il cesse petit à petit de publier en catalan et écrit surtout des livres d’histoire. Il est un des premiers à faire une étude sur la préhistoire des îles espagnoles (Antigüedades célticas de la isla de Menorca, 1818). Mais ses œuvres historiques, très fouillées, ne sont pas appréciées comme l’était son théâtre.

Il est un des fondateurs de la Societat Maonesa de Cultura. C’est dans sa maison que se réunissent les membres de ce club d’intellectuels minorquins entre 1778 et 1783.

À cause de sa situation dans la Méditerranée, Menorca est sujette à de nombreux changements . Entre 1782 et 1798, l’île demeure sous le contrôle des Espagnols ; puis la Grande-Bretagne récupère Menorca entre 1798 et 1802, période durant laquelle Joan Ramis i Ramis refuse toute charge officielle. À partir de la sécession de Minorque à l’Espagne en 1802, il occupe les postes de « jutge d’impremtes i llibreries, examinador de mestres de primeres lletres ». À sa mort ses livres tombent sans bruit dans le proverbial oubli.

Joan Ramis i Ramis

Alors qu’ailleurs en Europe le XVIIIe siècle symbolise l’ouverture aux idées nouvelles de démocratie et d’égalité, en Catalogne, depuis la défaite de 1714, le Siècle de Lumières est plutôt obscur. Les sciences médicales voient un peu de progrès avec la fondation du Col·legi de Cirurgia de Barcelona en 1760 ;  les quelques érudits qui portent l’idéal de connaissance sont autodidactes et vivent à Barcelone ou à Cervera. Les Baléares sont délaissées par leurs intellectuels, qui fuient les îles pour le continent pour mieux se faire entendre : le philosophe Pou i Puigserver et le géographe Felip Bauzà.

Ce n’est donc qu’à la fin du XIXe siècle que les pièces de théâtre de Joan Ramis i Ramis seront redécouvertes par les écrivains catalans.

https://www.escriptors.cat/autors/ramisj/index.php

https://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0054132.xml?s_q=Joan%20Ramis#.UzQ0QIWKXJk

Sur le mouvement intellectuel Il·lustració : https://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0033496.xml

 

 

Sant Jordi

La Sant Jordi, une fête en Catalogne qui fait penser à une sorte de Saint Valentin catalane avec des échanges de roses et de livres, est en réalité l’une des célébrations les plus originales et festives de la Catalogne. En effet, d’un coté, c’est une fête populaire qui est célébrée le 23 Avril de chaque année et dont son origine est un mélange  de diverses traditions datant d’époques différentes. C’est une journée qui associe la culture au romantisme car les femmes se doivent de recevoir une rose et les hommes un livre.

D’un autre coté, le 23 Avril n’est pas uniquement la journée des amoureux en Catalogne mais aussi et avant tout une journée qui rend hommage à la légende de Sant Jordi, dont l’origine remonterait à la nuit des temps. D’après la légende, Sant Jordi (Saint Georges) aurait tué un dragon qui menaçait toute la communauté et du même coup il aurait sauvé une princesse des griffes de ce terrifiant dragon. Ainsi, certaines versions nous racontent que du sang du dragon sortit un bouquet de roses rouges que Georges tendit à la princesse. D’où la tradition, qui remonte au Moyen Âge, d’offrir des roses, auxquelles une foire est alors consacrée autour de la Sant Jordi.

Toutefois, au delà de cette légende,  les annales de l’histoire confirment l’existence de ce héros légendaire, Sant Jordi.  Né au cours du IIIe siècle, il fut un militaire au service des ordres de l’empereur Romain, Dioclétien, martyrisé et décapité le 23 Avril 303 par ce dernier pour avoir refusé d’exécuter son ordre de persécuter les chrétiens. Par cet acte de bravoure, un culte lui a été consacré dans le monde chrétien et en Catalogne et en devint le patron au XVe siècle.

La Sant Jordi, c’est aussi un symbole de l’identité catalane devenue, dès 1930, une fête littéraire commémorant la langue et la culture catalanes. Également connu comme le patron des amoureux en Catalogne, cette croyance vient de l’ancienne coutume médiévale qui consista à visiter la chapelle de Sant Jordi du palais de la Generalitat, où se déroulait habituellement une foire aux roses ou « aux amoureux ». Ainsi, avec le temps, la fête des amoureux évolua peu à peu en celle du livre et de la culture catalane pour devenir officiellement la Journée du Livre en 1930.

En général, la journée du 23 Avril coïncide avec de nombreux événements littéraires dont celui de l’anniversaire de la mort de deux génies de la littérature à savoir Shakespeare et Cervantès, tous deux morts le 23 avril 1616. Ce qui expliquerait pourquoi depuis 1995 l’UNESCO a fait de cette journée la  »Journée mondiale du livre et du droit d’auteur ». Chaque 23 avril, la Sant Jordi est célébrée à travers la Catalogne toute entière. Lecture de poésie, représentations de Castells, activités pour les enfants autour de la légende et bien sûr, ventes de livres et de roses résument une telle journée. C’est la fête dans toutes les rues catalanes en ce jour là!

Sources:

http://www.spain.info/fr_CA/reportajes/la_fiesta_sant_jordi.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sant_Jordi

www.catalunyaexperience.fr/sant-jordi

Crédit Photo:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sant_Jordi

Maria del Mar Bonet i Verdaguer

Portrait de Maria del Mar Bonet i Verdaguer

Maria del Mar Bonet i Verdaguer est née à Palme de Majorque, le 27 Avril 1947, où elle a passé toute son enfance.  Très jeune, elle s’est révélée une femme d’une grande sensibilité artistique. Aussi, de très tôt, elle apprit le solfège et la guitare et intégra à l’âge de onze ans la chorale Stella Maris où elle eut l’opportunité de connaitre et de s’intéresser à la chanson populaire ou folklorique des îles Baléaires. Quelques années plutard, soit en 1964, Maria del Mar Bonet, accompagnée de sa guitare, commença à chanter en public en ayant un répertoire composé uniquement de thèmes du folklore insulaire. Ainsi, sa participation au «Premier Festival de la Cançó Catalana», organisé à Palme, fut l’une de ses premières actions. Un tel festival lui permit de rencontrer Raimon, Nuria Feliu et Joan Ramón Bonet, son frère qui fut membre du groupe «Els Setze Jutges»

En 1966, après ses études de beaux-arts, elle se spécialisa en études artistiques de céramique à Barcelone puis décida de s’adonner complètement à la musique. Un an plutard, Maria del Mar Bonet fit partie du groupe «Els Setze Jutges» sous l’influence de son frère ainsi que Lluís Serrahima et Remei Margarit et édita son premier disque composé de quatre chansons populaires de Minorque. Ainsi, un tel disque laissa déjà entrevoir sa passion pour la musique populaire et la culture méditerranéenne qui ont un rôle constant dans ses œuvres.

En 1968, elle édita un nouveau disque qui intégra trois principaux thèmes inspirés du folklore populaire tels que: «Cançó d’es majoral, Cançó del bon amor y Me n’aniré de casa» et une chanson écrite à partir d’une lettre de Lluís Serrahima qui s’intitule «Que volen aquesta gent» Ensuite, pendant cette même année, par l’intermédiaire de Pau Riba, elle décida de collaborer aussi avec le groupe de Folk et participa au festival historique organisé par ce groupe dans le parc «Ciutadella» Plus encore, Maria del Mar Bonet intégra aussi l’univers théâtral en participant comme actrice dans certaines œuvres comme «La nau» de Josep Maria Benet et «Vens de garbi i una mica de por» de Maria Aurèlia Capmany. En 1969, elle sortit un nouveau disque avec la chanson «jo em donaria a qui em volgués» tirée du poème de Josep Palau i Fabre. D’ailleurs, cette chanson lui a valu le prix du disque catalan.

En résumé, Figure très emblématique de la voix féminine dans le domaine artistique,  elle édita beaucoup de disques de musique folk en catalan en dépit des interdictions du régime franquiste. De plus, elle a réalisé plusieurs concerts en Europe, Afrique du Nord et Amérique Latine et participe encore à la recherche de nouvelles formes d’expressions artistiques. En 1984, la Generalitat de Catalogne lui décerna le prix distinction, «Creu de Sant Jordi». Puis, en 2011, elle reçût du Ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sports de l’Espagne la médaille d’or du mérite des beaux-arts sans compter tant d’autres.

Sources:

https://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0011120.xml

https://fr.wikipedia.org/wiki/Maria_del_Mar_Bonet

mariadelmarbonet.com/ultramar/

Crédit Photo:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Langue_catalane

 

Mercè Rodoreda

Mercè Rodoreda i Gurguí, née à Barcelone le 10 octobre 1908 et décédée à Gérone (ville située dans le nord-est de l’Espagne en Catalogne) le 13 avril 1983 à 74 ans. C’était une écrivaine catalane, auteure de plusieurs romans et de nouvelles. Ses œuvres ont été traduites du catalan vers vingt-sept autres langues.

Mercè Rodoreda est probablement la romancière la plus importante de la littérature catalane et aussi sans doute, la plus traduite, La place du diamant est son roman le plus populaire et le plus traduit. Cette auteure est pleinement inscrite dans le XXe siècle, elle y vivra d’ailleurs la plupart de ces tragédies, dont la guerre civile espagnole et la Deuxième Guerre mondiale. La guerre civile qui l’a poussée vers un long exil et la guerre mondiale qui lui a fait vivre plusieurs événements traumatisants ont fait d’elle l’écrivaine qu’elle est devenue. En fait, sa vie est vraiment celle d’une romancière. Elle affirme avoir vécu comme il faut vivre, c’est-à-dire dangereusement. Suite à la mort de son amant Joan Prat, critique littéraire plus connu sous le pseudonyme d’Armand Obiols, à Vienne en 1972, elle décida de rentrer en Catalogne. Elle habitera à Romanyà de la Selva (prêt de Gérone dans le nord-est catalan), dans la maison de campagne de Carme Manrubia. Elle y acheva son œuvre la plus ambitieuse, Mirall trencat (1974) et le recueil de contes Viatges i flors (1980). Son dernier roman, Tant et tant de guerre, fut publié en 1980, date à laquelle Rodoreda reçut le Prix d’honneur des lettres catalanes. Elle mourut d’un cancer peu de temps après en 1983.

Le roman, La place du diamant, raconte l’histoire d’une Catalane, Natàlia, femme du peuple, originaire du quartier de Gracia à Barcelone. Avec délicatesse et discrétion, ce roman évoque son adolescence, le travail, vendeuse dans une pâtisserie du quartier, son mariage, les maternités, la mort de son mari, la guerre civile, la faim, le désespoir extrême, son remariage, etc. Ce témoignage émouvant par la simplicité d’une vie banale en apparence, mais qui se déroule pendant une époque mouvementée, la guerre civile puis les années noires qui suivent la victoire du franquisme. Tout au long de son célèbre roman, l’auteure restera toujours vague sur les détails et le déroulement de la guerre. En effet, elle utilisera ce même genre dans plusieurs de ses œuvres tel que son dernier roman Tant et tant de guerre et dans la nouvelle Nuit et brouillard. Pourtant cette guerre civile espagnole (1936-1939), où se déroule principalement l’action de La place du diamant, est particulièrement violente et fait des ravages et des victimes partout en Espagne.

 

Bibliographie :

BABELIO, Mercè Rodoreda, Biographie et Informations, [en ligne], https://www.babelio.com/auteur/Merce-Rodoreda/52270 [page consulté le 23 novembre 2017].

GALLIMARD, Du monde entier, La place du Diamant, [en ligne], http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/La-place-du-Diamant [page consulté le 29 novembre 2017].

RÀFOLS-SAGUÉS, Elisabet, chargé de cours Université de Montréal, Note de cours Panorama des littératures catalanes (automne 2017), CTL 1140.

RODOREDA, Mercè, La place du diamant ; traduit du catalan par Bernard Lesfargues ; avec la collaboration de Pierre Verdaguer. Paris: Gallimard 2006.

 

Le Canigou

Premièrement, il est important de mentionner que le poème décrit ici fait partie d’une œuvre beaucoup plus large contenue dans un livre.  Canigó est un poème épique écrit en 1886 par Jacint Verdaguer. Il est un des textes les plus emblématique de la Renaixença catalane. Il faut tout d’abord se rappeler l’importance des Pyrénées et plus particulièrement du pic du Canigou pour saisir l’ampleur du poème. Il est le plus haut sommet oriental de la chaîne des Pyrénées et par temps clair nous pouvons apercevoir la ville de Barcelone. Il est aussi connu pour héberger l’abbaye de Saint-Martin du Canigou. À quelques jours du solstice d’été, plusieurs centaines de randonneurs apportent au sommet du Canigou des bouts de bois qui seront embrassés par une flamme sacrée qui brûle depuis 1960.  Elle est ensuite redistribuée dans tous les villages catalans et même en Provence pour allumer les feux de la Saint-Jean. C’est un symbole de partage et de fraternité. Un rituel précieux aux yeux des Catalans.

Ce poème est un excellent exemple du style littéraire et poétique de la Renaixença catalane qui se situe autour de 1833 et qui se termine dans le dernier quart du XIXe siècle. Nous remarquerons la volonté de faire renaître la culture, l’histoire, le passé glorieux et la langue catalane dans la majorité des œuvres de cette époque en Catalogne. Ce mouvement culturel et nationaliste, promulgué par la nouvelle bourgeoisie catalane, s’inscrit dans le courant du romantisme européen. Le poème de Verdaguer suit une logique et il est structuré en vers et en strophe égales et rythmées en comparaison aux différents styles littéraires qui suivront telle que le modernisme, le Noucentisme et surtout de l’avant-gardisme.  Ce poème remonte aux origines de la nation catalane qui vit probablement le jour dans quelques parts dans les Pyrénées entre la France et la Catalogne. Le poème ne traite pas des frontières et des pays, mais évoque les peuples et le passé lointain de ces montagnes dont le Canigou en est le plus haut sommet : « …à hauteur d’astre, je te couronne de gloire; au-dessus il n’y a que Dieu. » Ces montagnes qui ont été aux premières loges pour contempler une bonne partie de l’histoire européenne occidentale :

« De combien de guerres le Roussillon n’a-t-il pas été le théâtre ?

Porte de l’Ibérie, combien de nations n’a-t-il vu passer?

Les montagnes, gradins de cet amphithéâtre

Ont vu sur la plage grandissante se battre plus de peuples

Que de vagues dans la mer. »

 

Bibliographie :

FRANCE INFO, 3 Occitanie,  Le Canigou : le sommet catalan, [en ligne], http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/pyrenees-orientales/perpignan/le-canigou-le-sommet-catalan-1042025.html  [page consulté le 16 novembre 2017].

RÀFOLS-SAGUÉS, Elisabet, chargé de cours Université de Montréal, Note de cours Panorama des littératures catalanes (automne 2017), CTL 1140.

WIKIPEDIA, Canigó, [en ligne], https://fr.wikipedia.org/wiki/Canig%C3%B3 [page consulté le 16 novembre 2017].

Viure, o no viure… that is the question

Les pièces de Shakespeare connurent au début du XIXe siècle, un regain de popularité partout en Europe. Les nombreuses traductions françaises, allemandes, italiennes et espagnoles ont essaimé la parole du Barde — qui atteignit inévitablement la Catalogne.

Dídac Pujol, spécialiste des traductions de Shakespeare à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, explique dans un article publié en 2012 dans la revue Babel, que les motivations derrière les premières traductions catalanes de Shakespeare sont d’ordre nationaliste : « The purpose of translating Shakespeare was to help regain the Catalan culture. » (p.97) Les desseins des traducteurs catalans de Shakespeare sont simples : créer un répertoire théâtral catalan basé sur le canon européen.

Si rien, au premier coup-d’œil, ne semble rapprocher le catalan de la Renaixença de l’anglais élisabéthain, ces deux langues partageaient pourtant, selon Vanessa Palomo, auteure d’une étude sur les traductions shakespearienne de Josep Maria de Sagarra,  la caractéristique d’être à leurs époques respectives en construction. Les possibilités d’inventions linguistiques du catalan à la fin du XIXe siècle étaient donc immenses. Beaucoup d’écrivains aux intérêts divers — des poètes surtout — essaieront de tirer parti de cette flexibilité du catalan. Le jeune Carles Riba publie en 1909 sa traduction des Sonnets ; onze ans plus tard, Magí Morera i Galícia termine son Hamlet catalan.

Mais les bottes franquistes foulent Barcelone le 26 janvier 1939 et l’on confisque dans toute la ville le matériel d’imprimerie. L’usage du catalan est interdit dans les sphères administratives et les œuvres littéraires écrites dans cette langue doivent à partir de ce moment être clandestines. Ce n’est qu’à partir de 1945 qu’on autorise les traductions littéraires – à la condition qu’elles soient bien sûr des « recréations littéraires », et non de simples traductions. Toute traduction qui  ne répondrait pas à cette condition se verra interdite. Lorsque Josep Maria de Sagarra publie dans les années 1950, avec l’aide financière de Santiago Martí, ses traductions des pièces de Shakespeare, il doit donc les antidater : 1935.

Sagarra, déjà connu pour avoir remporté plus jeune de nombreux prix pour ses poèmes et ses pièces de théâtre, revient en 1940 en Catalogne. Les prolifiques années 1930, il les a terminées à Paris avec des artistes espagnols et français de l’entre-deux-guerres. Il y écrivait des articles qu’il envoyait aux journaux catalans, mijotait un roman et s’était même mis à la traduction de la Divine Comédie en catalan. Mine de rien, il avait pris goût à cette traduction. Mais ce qu’il préférait tout de même, c’était écrire pour la scène. Il avait tourné son œil sur l’oeuvre de Shakespeare : en traduisant un auteur de cette stature, il s’en pourrait s’en donner à cœur joie. Il mêlerait le pittoresque du théâtre populaire catalan, qu’il connaissait bien, et la fracassante langue qui était la sienne, celle de l’époque moderne.

Pujol comme Palomo soulignent les qualités des traductions de Sagarra : le rythme et la rime sont conservés, tout comme le ton général. Le traducteur privilégie cependant l’originalité et l’oralité du texte original au détriment parfois du sens. Si la lecture comparative révèle des différences sémiotiques, la représentation des pièces sur scène donne cependant raison au traducteur ; ses traductions sont faites pour être jouées, être dites et non seulement lues. « Sagarra is one of the best Catalan translators of Shakespeare’s plays precisely because of the fictive orality he constructs, employs and exploits » conclue Pujol en rappelant que Sagarra demandait à des acteurs de lui faire des suggestions pour améliorer ses pièces et ainsi s’assurer qu’on pourrait jouer son Shakespeare.

sources:

Dídac Pujol, « Josep Maria de Sagarra, a Catalan translator of Shakespeare’s plays », revue Babel, vol 58-1, 2012 – voir également le site très complet de ce professeur de traduction: http://www.didacpujol.com/

Et l’article de Vanessa Palomo:

https://publicacions.iec.cat/repository/pdf/00000243/00000021.pdf

Une réforme anachronique

Depuis maintenant plus de 30 ans, le système éducatif public catalan prône une approche « immersive » en langue catalane, programme consistant dans les grandes lignes à l’utilisation du catalan comme langue véhiculaire dans tous les établissements d’enseignement de niveau primaire et secondaire public. L’ « immersion linguistique » qui en résulte a fait ses preuves et est reconnue par les pédagogues de par le monde pour ses résultats étonnants, tant sur le plan des compétences linguistiques – en catalan et en espagnol – qu’en ce qui a trait à l’intégration des nouveaux arrivants.

Affiche du mouvement Som Escola, défendant le modèle éducatif catalan.

Cependant, voilà que, depuis 5 ans, le spectre d’une réforme de Madrid plane sur le modèle d’éducation catalan et il à de quoi inquiéter ses défenseurs.

En effet, il se trouve que le ministre de l’éducation du gouvernement espagnol, en poste de 2011 à 2015, José Ignacio Wert, a annoncé en 2012 une réforme qui imposait une prédominance de l’enseignement en (et de l’) espagnol, balayant ainsi du revers de la main le système en place dans la communauté autonome.

Ministre de l’Éducation, des Sports et de la Culture du gouvernement espagnol (PP) de 2011 à 2015, José Ignacio Wert.

Bien qu’après les déboires du Partido Popular (PP) de l’année dernière un nouveau cabinet avec comme ministre de l’éducation Íñigo Méndez de Vigo ait été formé, les réelles intentions du gouvernement de Mariano Rajoy demeurent incertaines et provoquent encore des craintes auprès la Generalitat.

Les arguments amenés par Madrid s’en prennent entre autres au « manque de perspectives » d’une génération avec le catalan comme langue principale et à la « persécution de l’espagnol » en terre catalane, parlant même dans ce cas d’une sorte d’ « inversement des rôles », où l’espagnol serait voire « persécuté » comme l’était auparavant le catalan.

Manifestation pour l’école en catalan.

Nul besoin d’expliquer l’opposition en bloc, tant politique que citoyenne qui s’est observée en 2012 et en 2013 en Catalogne. Cet « affront » de Madrid passe même pour une forme de jalousie du gouvernement espagnol de la réussite du modèle catalan dans le domaine de l’éducation.

Même si le projet de réforme en est au point mort, il n’est reste pas moins préoccupant d’observer cette perspective, d’autant plus que même les partis d’oppositions à Madrid y critique une ingérence « tendencieuse » du gouvernement central dans les politiques en matière d’éducation de toutes les communautés autonomes.

Un dossier à suivre donc, ne serait-ce que pour voir si encore une fois, le mouvement citoyen catalan saura se mobiliser!

Sources:

http://www.lindependant.fr/2012/12/06/ce-texte-qui-remet-en-question-le-statut-de-la-langue-catalane-trente-ans-d-immersion-linguistique-en-catalogne,1708404.php

http://www.elperiodico.com/es/politica/reforma-educativa-wert.shtml

http://ccaa.elpais.com/ccaa/2015/05/21/catalunya/1432231735_814354.html

Images:

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http://estaticos.elperiodico.com/resources/jpg/5/2/imagen-manifestacion-tarragona-somescola-este-lunes-1355165817025.jpg

 

L’aranais, la troisième langue oubliée de Catalogne

Les langues officielles du Pays Basque sont le basque et l’espagnol; celles de la Galice, le galicien et l’espagnol; et celles de la Catalogne, le catalan et l’espagnol… ah oui! et l’aranais!!!

Souvent oubliée, l’aranais est pourtant la troisième langue officielle de Catalogne depuis 2010. Parlée exclusivement dans le Val d’Aran par environ 6000 des 11 000 habitants de cette comarque, elle profite de ce fait d’un statut particulier dans la communication avec la Generalitat et ses institutions. En effet, il incombe à l’État catalan de fournir des services écrits et oraux dans cette langue à qui l’utlise pour entrer en contact avec une institution du gouvernement de la communauté autonome. Bien entendu, comparativement au catalan et à l’espagnol, son usage demeure restreint en Catalogne, mais l’aranais sert également de langue véhiculaire dans les communes du Val d’Aran.

Exemple de ce trilinguisme étatique : l’aranais en tête sur le bulletin de vote au référendum populaire de 2014 pour l’indépendance de la Catalagne.

Il s’agit d’un dialecte de l’occitan, langue latine parlée principalement en France, mais dont l’espace linguistique empiète sur l’Italie et légèrement sur l’Espagne, uniquement dans le Val d’Aran. Fait à noter d’ailleurs : l’aranais est la seule forme d’occitan ayant un statut officiel, en plus d’être une de ses variétés les plus parlées en terme de pourcentage sur un territoire donné.

Carte de l’Occitanie.

À cet égard, l’aranais fait en effet bonne figure. Des données de 1996 indiquent que neuf habitants du Val d’Aran sur dix comprennent la langue à l’oral et que près des deux tiers peuvent la parler. La comarque étant plutôt rurale, ses presque 60 % d’habitants pouvant la lire tracent également un portrait assez positif.

Toutefois, seul un quart de cette population peut l’écrire, ce qui la place malgré tout dans une situation précaire, quoique moins que la majorité des variantes dialectales de l’occitan étudiées et suivies jusqu’à nos jours par les sociolinguistes.

Heureusement, des mesures de revitalisation sont en branle et un certain élan s’observe. La langue est très présente dans les milieux préscolaires et primaires du Val d’Aran, et son usage est en légère augmentation dans les établissements d’enseignement de niveau secondaire de la comarque depuis l’obtention du statut de langue officielle il y a sept ans. La radiodiffusion et la télédiffusion en aranais sont également en hausse, et les programmes offerts par la CCMA («Corporació Catalana de Mitjans Audiovisuels ») en sont un bon exemple.

Je vous invite donc à vous informer au sujet de cette langue, que vous pouvez même, si vous vous sentez « d’attaque », apprendre grâce à du matériel présent… à la Médiathèque!

Descorbitz-ac! (Découvrez-la!)

Sources :

http://www.caib.es/conselleries/educacio/dgpoling/user/catalaeuropa/castella/castella9.pdf

http://elpais.com/diario/2010/09/23/catalunya/1285204049_850215.html

https://books.google.ca/books?id=GkF-CwAAQBAJ&pg=RA1-PA700&lpg=RA1-PA700&dq=aranés&source=bl&ots=tXjUUf0nbk&sig=-oI3-IPcPs6V_FvdhJBRl3KBxKk&hl=de&sa=X&ved=0ahUKEwjXsIO5v53SAhUC84MKHb5uDpE4ChDoAQhWMAk#v=onepage&q=aranés&f=false

Images :

http://4.bp.blogspot.com/-xCDdn_mCBFg/VCa7BKSj1aI/AAAAAAAAL7E/lIzd1zvDQpY/s1600/Imagen%2B10.png

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d3/Carta_Occitania.pdf/page1-904px-Carta_Occitania.pdf.jpg

«Maulets» : Les jeunes indépendantistes!

Si je vous parle du terme « Maulet » , ça ne vous dit surement pas grand-chose.

Si par contre je vous parle de la guerre de succession entre Philippe V et Charles d’Autriche au début du XVIIIe siècle… vous êtes sûrement plus connaisseur. C’est pourtant cette guerre qui est à l’origine du terme. En effet, « Maulet » à un groupe armé composé principalement de paysans d’origine Valencienne pour contrer la noblesse qui prenait pour Philippe V.  De ces paysans alliers à Charles III, aussi des marchands qui avaient des relations commerciales avec les alliés du souverain, ont joints l’armée.« Maulet », qui signifie  « esclave » en arabe populaire était donc ces paysans qui expulsaient les plus importants nobles qui fraternisaient avec l’ennemi ( Philippe V) du pays valencien. Après la victoire des bourbons, les « Maulets », comme plusieurs autres partisans de Charles d’Autriche, ont été persécutés.

PS: ces  nobles traitres , ont les appelaient « botiflers » , restée expression catalane , comme vue en classe!

Le terme « Maulet » a été repris par une organisation politique indépendantiste  formée de jeunes en 1988. C’est plus précisément l’aile jeunesse d’une coalition de partis de gauche Catalunya Libre (catalogne libre). Dans une optique post-franquiste , l’intérêt de cette organisation était l’unification des territoires de la catalogne pour ensuite y faire l’indépendance. Elle fut très active dans les années 90 pour ses manifestations et ses frasques avec la police espagnole. Aussi dans les années 90 , des organisations de gauches armées dont Terra Lliure (l’équivalent un peu du Front de libération du Québec chez nous, mais multiplié par 10) ont entaché l’image du séparatisme de gauche en posant des gestes radicaux dont plusieurs attaques à la bombe. Une vaste opération policière pour arrêter ces débordements dirigés par nul autre que Baltasar Garzón ( magistrat très connu) va avoir pour effet l’arrestation de plusieurs terroristes politique. Les maulets vont prendre la peine de se dissocier de ses terroristes et sont d’ailleurs les seuls de leur coalition de gauche à échapper à « l’opération Garzòn ».

Vers la fin des années 90 , l’organisation des maulets était très présente dans les manifestations altermondialistes et anti-capitalistes, entre autres. Certaines divisions internes ont fait cependant quitter certains membres au cours de ces mêmes années, mais le noyau de ce mouvement a survécu à cette décennie difficile.

De 2000 à 2008 , les maulets vont créer une offensive indépendantiste en faisant la promotion d’une identité territoriale. Ils vont faire campagne sur le fait que les Catalans n’ont pas le dernier mot quant à leur indépendance territoriale et énergétique face à l’Espagne. ( plusieurs interventions dans le domaine agricole, nucléaire et  hydrologique,entre autres). De plus, ils ont fait plusieurs interventions au sein de mouvements étudiants et syndicalistes. En 2008, plusieurs événements ont été réalisés pour souligner le vingtième anniversaire du mouvement et même la réalisation d’un DVD expliquant l’histoire du mouvement ainsi que le témoignage de plusieurs de ses membres( titre:« Maulets: 20 anys en lluita»).

De 2007 à 2012 commence un processus d’unification entre deux groupes de gauches indépendantistes jeunesse soit les maulets et le CAJEI (coordonnateur des jeunes de gauche indépendantistes). La nouvelle organisation qui s’appellera «Arran» aura comme cheval de bataille l’indépendance de la catalogne, le socialisme et le féminisme.

Voici le site web du mouvement Arran : http://arran.cat/

Voici un extrait du DVD sur les maulets :