Le fondement contradictoire de l’unanimité catalane

« Une nation forgée par l’histoire », article tiré des archives de 1977 du journal d’information français, Le Monde diplomatique, éclaire dans toute son ampleur, avec objectivité et exactitude, le jeu d’opposition au cœur de l’histoire catalane. Pierre Vilar, historien français et spécialiste de l’histoire de la Catalogne, y offre une rigoureuse synthèse d’événements politiques, économiques et culturels ayant marqué « le fondement contradictoire de l’unanimité catalane ». En traçant l’esquisse d’une chronologie nationale rythmée par d’intermittentes périodes d’effacement et d’apogée, Vilar soulève une question fondamentale : « Le fait catalan a marqué l’histoire. Il a failli s’effacer. Pourquoi a-t-il revécu ? »

Un certain lyrisme imprègne l’article de Vilar, tandis qu’il retrace les débuts de la structure géographique de la Catalogne, sortie des refuges pyrénéens à travers conquêtes et repeuplements. Avec la volonté d’expansion s’organisent les institutions et députations catalanes, se vivifient les talents littéraires du treizième siècle jusqu’au « siècle d’or », se forge un sentiment non pas étatique mais national. C’est un sentiment de différence qui perdure malgré l’extinction de la Maison de Barcelone en 1410, malgré l’essor du castillan et les luttes politiques du XVe siècle, malgré les multiples tentatives de suppression de la langue catalane et l’inégal développement entre Barcelone et Madrid.

Pour Vilar, l’unanimité catalane est le fruit d’un mouvement d’opposition envers l’Espagne : « dès que l’oppression vient de Madrid, l’unanimité catalane se reforme ». Mais il s’agit aussi d’un enthousiasme national, d’un catalanisme qui se forge une place non seulement au sein de l’Espagne, mais dans les grandes marges de l’histoire, en tant qu’entité politique, économique et culturelle indépendante.

C’est donc histoire et géographie, politique et enjeux linguistiques, qui s’entremêlent dans ces lignes afin d’accentuer le déséquilibre entre « la grande force des Catalans » et le rôle réduit, secondaire, auquel l’Espagne les a relégués au fil des siècles. En passant par les comtes-rois de Barcelone à l’essor des institutions catalanes, en enchaînant avec les premières révoltes ouvrières, le mouvement de la Renaixensa de la langue et la montée culminante de la bourgeoisie catalane, l’article dépeint la résistance de la Catalogne et son autonomie grandissante face à un État qui l’a maintes fois surplombée et éclipsée, sans jamais pouvoir effacer sa trace.

https://www.monde-diplomatique.fr/1977/08/VILAR/34376