L’indépendantisme catalan, un romantisme ?

Les mots d’Aurélie Chamerois, correspondante barcelonaise pour plusieurs grands médias français, interpellent : « Les indépendantistes catalans ne vivent pas dans le même monde que ces journalistes parisiens ; ce sont des romantiques, des poètes, trop imprégnés de l’œuvre de Verdaguer ».

Ces mots soulèvent une question essentielle : le mouvement indépendantiste catalan serait-il indissociable d’une idéologie romantique qui constituerait sa base et son fondement ?

Le romantisme, mouvement culturel apparu en Allemagne et en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, est d’abord une révolte à l’encontre de la raison et de la culture dominante des Lumières, avec ses codes et ses conventions. Le culte de l’individualité s’impose comme trait principal du romantisme, et une revendication de l’imagination individuelle se fait ressentir. Une esquisse de l’homme révolté se trace et s’exprime dans la littérature, la peinture, la musique et même la politique.

Ce mouvement de révolte et d’individualisme est bien connu des Catalans, notamment à travers la Renaixença du XIXe siècle, renaissance linguistique et littéraire reflétant une volonté de raviver la culture et la langue catalanes dans toute leur ampleur et spécificité. Un certain idéalisme se fait donc valoir, avec un regard tourné vers le passé et les conquêtes d’antan. L’influence de la littérature, notamment avec Jacint Verdaguer et son exaltation des origines légendaires de la Catalogne, contribue indéniablement à la revendication d’un État catalan indépendant de l’Espagne, sur le plan culturel et politique à la fois : en effet, dès ses premiers pas, le romantisme catalan revêt une forte dimension politique.

Ce lien entre culture et politique, entre romantisme et indépendantisme, se résume en les mots : « Catalanuya es una nació ». Une nation qui puise sa force dans l’abondance de sa culture, avant même de s’ériger par ses institutions et son économie. Une nation qui s’est constituée au fil des siècles sans État propre, mais avec une culture, un vécu, qui lui sont spécifiques, la hissant au même niveau que les puissances politiques les plus prédominantes à l’échelle internationale. Une nation qui s’ancre et s’imprègne dans le souvenir de son passé, mais aussi dans le pacifisme de sa révolte.

C’est un indépendantisme romantique, presque mélancolique, qui dans le rêve du passé, imagine son futur.

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