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Lluïsa Vidal i Puig, peintre moderniste

Lluïsa Vidal i Puig nait en 1876 et meurt en 1918 de la grippe espagnole. Elle est considérée aujourd’hui comme la seule artiste de l’époque ayant pu vivre professionnellement de la peinture.

Autoportrait

Vidal grandit dans une famille intellectuelle bourgeoise qui valorise les arts. Son père, Francesc Vidal, est un ébéniste moderniste bien connu. Il favorise l’instruction de ses nombreuses filles et croit à l’égalité de l’éducation pour les genres. Sa mère, Mercè Puig est une femme très instruite (elle parle l’allemand, le français, l’italien, le catalan et l’espagnol!), et est une femme très dévote et dévouée à son mari. Vidal évolue donc dans un milieu non exempt de conservatisme, mais considéré comme libéral. À ses douze ans, la jeune fille visite l’Exposition universelle de 1888 à Barcelone avec son père.

Au cœur du courant moderniste, elle est considérée comme une anomalie. En combinant plusieurs contrats, elle est capable de gagner sa vie de l’art – sans oublier que son milieu d’origine aisé permet une telle exceptionnalité. Impliquée dans le mouvement féministe bourgeois, elle illustre notamment le magazine Feminal et des contes d’auteurs fameux de l’époque. Elle est souvent appelée à peindre des membres des familles aisées, comme les Güell. Les historiens ne s’entendent pas, mais certains affirment qu’elle aurait fait sa première exposition au Quatre Gats, ce qui en ferait la seule femme digne de cet honneur. C’est en 1898 que sa carrière s’officialise, alors qu’elle expose trois portraits à l’Exposicio de Bellas Artes e Industrias Artísticas de Barcelona. En 1911, elle fonde son académie de peinture, elle qui croit totalement en la nécessité de l’éducation des femmes.

Vidal est de plus la seule femme de sa génération qui s’installe à Paris pour y étudier – il est alors très mal vu pour une femme de voyager seule. À Paris, elle étudie dans deux académies reconnues et est en contact avec les impressionnistes, ainsi que le mouvement féministe. À son retour de Paris, elle s’implique dans le Cercle de dames catholiques, à la revue Feminal, et plus tard dans le mouvement pacifiste, qui explose avec la Grande Guerre. Elle se joint au Comitè Femení Pacifista de Catalunya.

Vidal est connue pour ses portraits et ses scènes de genre, qui illustrent l’intimité et beaucoup de scènes d’intérieur féminines. Fait insolite, elle représente les femmes avec des sourires, montrant les dents, ce que peu d’hommes portraitistes faisaient. Paraît-il qu’il n’était pas commun de peindre des bouches souriant aussi ouvertement…

Vidal, une exception dans un monde d’hommes

La plupart des femmes peintres étaient confinées dans des thèmes féminins – les fleurs, les natures mortes, etc. Peindre était une activité normale pour les filles de l’aristocratie. Il existait d’ailleurs des expositions exclusivement féminines. Mais Vidal refusait d’y participer, voulait normaliser le fait de peindre pour une femme. “Aquells anys hauria sigut normal que acabés tancada a casa i pintant com a afició. Per tant no és una frivolitat destacar el fet que fos dona. » (À cette époque, il aurait été normal qu’elle finisse enfermée chez elle, peignant uniquement par goût. Ainsi, ce n’est pas inutile de souligner le fait qu’elle soit une femme).

Le combat féministe de Vidal pour l’éducation est aussi important à souligner, avec son caractère bourgeois et philanthropique. Elle était touchée par les divisions de classes, révélées encore plus fortement par des événements comme la Semaine Tragique en 1909. Elle s’implique dès lors à l’Institut de Cultura i Biblioteca Popular per la dona, fondé en 1909 pour aider les femmes ouvrières ou de classe moyenne à pouvoir s’instruire.

La difficulté pour une femme de s’affirmer dans le milieu artistique est éclairée par l’existence particulière de Lluïsa Vidal. De son vivant, son œuvre est bien critiquée, mais avec des termes comme « masculine » et « dure », positifs pour les critiques à l’époque. Après sa mort, elle est presque complètement effacée de l’histoire de l’art et on attribue même certaines de ses œuvres à des modernistes plus connus pour augmenter leur valeur. Les collectionneurs profitent de la qualité de ses portraits pour y appliquer de fausses signatures. Dona amb labor, par exemple, est attribuée à Ramon Casas. Le fait qu’elle soit décédée sans descendance expliquerait aussi l’oubli de cette dame par l’histoire de l’art jusqu’aux années 2010.

Un premier livre sur son œuvre est publié en 2013 par Consol Oltra Esteve, et une première rétrospective au Museu Nacional d’Art de Catalunya est organisée… en 2016.

Voici quelques unes de ses œuvres :

Maternitat 1897
Maria Vidal i Puig 1907-1911
Les mestresses de casa 1905
Portrait d’un vieil homme 1893

 

 

 

 

 

 

Sources :

Ara.cat – Qui és la desconeguda i singular pintora Lluïsa Vidal?https://www.ara.cat/cultura/desconeguda-singular-pintora-Lluisa-Vidal_0_1655834447.html

CCMA – Lluïsa Vidal, pintora del modernisme http://www.ccma.cat/tv3/art-endins/lluisa-vidal-pintora-del-modernisme/fitxa/113907/

Wikipedia – Lluïsa Vidal i Puig https://ca.wikipedia.org/wiki/Llu%C3%AFsa_Vidal_i_Puig

El Pais – Lluïsa Vidal i altres dones pintores https://elpais.com/ccaa/2013/03/28/quadern/1364481957_857430.html

MNAC – Lluïsa Vidal, a woman artist in a world of men http://blog.museunacional.cat/en/lluisa-vidal-a-woman-artist-in-a-world-of-men/

La Semaine tragique – 1909

Un épisode de l’histoire catalane se déroulant entre la Bomba del Liceu et la Vaga de la Canadenca n’a pas été abordé dans le cours, mais me semblait intéressant. La Setmana tràgica  (26 juillet-2 août 1909) est l’arrière-plan du roman La teranyina du catalan Jaume Cabré. La toile d’araignée, pour sa traduction française, est un roman publié en 1984 – en pleine renaissance de la littérature catalane. Voyons un peu les événements derrière cet ouvrage…

L’Espagne post-1898 souffre de la perte de ses colonies américaines et souhaite renforcer sa position en Afrique du Nord. En 1906, à la Conférence d’Algésiras, le pays s’était fait « donner » une portion du Maroc.

 

 

 

 

 

 

Nous voici à l’été 1909. Après des escarmouches dans sa colonie marocaine, le gouvernement de Madrid conscrit les réservistes, pour la plupart des pères de famille de classe ouvrière – un solde pour ne pas s’engager peut être payé, mais il est trop cher pour la grande majorité des familles. Des 40 000 réservistes mobilisés, une grande partie provient de la Catalogne…

Depuis le XIXe siècle, la Catalogne s’est affirmée comme puissance industrielle, et par un processus parallèle, le soutien aux mouvements ouvriers, anarchiste ou communiste, s’est multiplié. Lorsque cette guerre qui ne les concerne pas requière leur participation, et devant l’intransigeance des élites, les masses populaires ne tarderont pas à se radicaliser.

Embarquement de troupes au port de Barcelone

 

 

 

 

 

 

Les nouvelles du front arrivent à Barcelone et enflamment le peuple, surtout celles de la mort de centaines de réservistes. La frustration est très forte dans plusieurs villes ouvrières et le mouvement s’organise à Terrassa, pas seulement à la capitale. La grève générale est déclenchée le 26 juillet, les barricades se lèvent. La loi martiale est déclarée le lendemain. Les violences se poursuivront encore plusieurs jours : mutineries dans des casernes catalanes, incendies d’églises – l’anticléricalisme se manifeste aussi fortement, l’armée réplique violemment et tire sur les foules. Plus d’une centaine de morts et plus de 500 blessés sont victimes de cette semaine de violence. La répression entamée par le gouvernement est aussi démesurée : fermeture d’organisations, procès militaires, cinq condamnations à mort plus qu’arbitraires. Une bonne partie de la bourgeoisie catalane supporte ces procédures de l’État espagnol, malgré des exceptions.

Barricade à Barcelone avec un tramway renversé

Il est intéressant de constater que, dans cet évènement aussi, le peuple mène le bal. L’armée ET les dirigeants de la grève générale sont vite débordés par la mobilisation massive. « Espontàniament, la protesta desbordà el comitè de vaga i prengué un caire insurreccional no previst, sense que els partits republicans en volguessin assumir la direcció. »

Barricade à Barcelona

(Spontanément, la mobilisation déborde du cadre du comité de grève et prend un air insurrectionnel, sans que les partis républicains n’en veulent assumer la direction). Le rôle des femmes dans ce conflit est aussi bien documenté, celles-ci sortant dans les rues et sur les barricades pour défendre leurs familles ou leurs valeurs. À Sabadell, par exemple, des femmes se mettent sur les voies pour empêcher l’arrivée du convoi militaire.

Caricature illustrant les disparités entre les classes : les soldats laissent passer sans aucun problème les dames bourgeoises… mais repousse l’ouvrière et ses enfants.

Dans La Teranyina, Jaume Cabré situe son action au cœur des luttes de classes et des rapports de pouvoirs d’une entreprise. Ce livre est par contre plus qu’un simple rappel d’événement historique : il est publié en plein dans l’exposition de la littérature moderne catalane, seulement 4 ans après la Loi de normalisation linguistique de 1980. Le style narratif complexe de Jaume Cabré fera sa part dans le « dépoussiérage » de la langue catalane millénaire.

Sources :

Setmana Tràgica – Archives de l’Ajuntament de Barcelona http://www.bcn.cat/setmanatragica/ca/index.php/Slide/slide/category/2a.html

La setmana tràgica – Enciclopèdia catalana http://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0062317.xml

Setmana Tràgica – Wikipedia https://ca.wikipedia.org/wiki/Setmana_Tr%C3%A0gica

La nouvelle modernité catalane – Nuit blanche https://www.erudit.org/fr/revues/nb/1992-n48-nb1103858/21640ac.pdf

Est-ce la fin pour Carles Puigdemont?

Dimanche matin, Carles Puigdemont, président destitué de la Catalogne, en cavale depuis un bon moment a été arrêté en Allemagne. Cela va sans dire que les indépendantistes sont tout de suite descendus dans la rue afin de faire part de leur mécontentement. En effet, Puigdemont est accusé de rébellion, crime passible de trente ans de prison en Espagne. Carles P n’est pas le seul à faire face à de telles accusation. En effet, environ 13 autres proches de son gouvernement sont également accusés.

Catalan Mossos d’Esquadra regional police officers clash with pro-independence supporters trying to reach the Spanish government office in Barcelona, Spain, Sunday, March 25, 2018.

Après avoir réussi à se promener librement dans certains pays Européen tels que la Belgique, la Finlande, la Suisse et le Danemark, c’est finalement l’Allemagne qui aura eut raison de lui.

Héraut de l’internationalisation de la cause indépendantiste catalane, Carles Puigdemont s’est laissé piéger par un banal mécanisme de coopération communautaire: un mandat d’arrêt européen (MAE), réactivé vendredi soir à Madrid par la Cour suprême.

Étant suivi par les services secrets Espagnols, ces derniers ont attendus qu’il pénètre dans le territoire Allemand afin de le faire arrêter, car leurs loi concernant la haute trahison sont assez semblable à celles de rebellion en Espagne.

Le pays est connu pour être l’un des États membres les plus coopératifs en matière policière et judiciaire. Et le délit allemand de haute trahison, passible de 10 ans de prison, ressemble beaucoup à celui de rébellion tel que défini dans le Code pénal espagnol. À Schuby, à une trentaine de kilomètres de la frontière danoise, la police allemande arrêtait Puigdemont puis le transférait à la prison de Neumünster

Il ne nous reste qu’à attendre la suite et espérer pour le mieux.

Sources: Le figaro.fr
Lapresse.ca

Des municipalités font la promotion de la sorcellerie et du tourisme des bandits.

Si vous avez lu l’article sur les sorcières, vous aller apprécier celui-ci.

Il est question de la tradition ainsi que de l’héritage laissé par les sorcières de Catalogne, ces femmes mortes injustement, qui à une époque évoquait peur et malédiction, mais qui maintenant sont synonymes de joie et de festivités!

Les sorcières font partie du folklore catalan et sont encore d’actualité. Certaines municipalités proposent des activités directement liées à cette partie de l’histoire, ainsi qu’à l’univers de bandits. Les sorcières attirent plusieurs touristes chaque années grâce à toute l’histoire et la stimulation de l’imaginaire qu’elles provoquent. À Sant Feliu Sasserra, il existe un musée et une section de collection, dédier à cet univers fantastique, mais qui reste inspiré de faits réels. Il s’agit du centre d’interprétation de la sorcière. La visite guidée se déroule en trois parties : Une visite guidée du centre, ainsi qu’une séance de questions – réponses. La seconde partie consiste à une projection d’un peu plus de 15 minutes traitant de l’histoire, mais également des techniques de tortures utilisées de l’époque. Et la troisième partie est une visite de la ville, son histoire, ainsi que la visite de certains lieux culte où des sorcières ont été exécutées.

Il existe même à Centelles, un festival nommé le repère des sorcières, faisant référence à de vieux proverbes voulant que toutes les femmes de cette région soient des sorcières. Il en va de même pour la municipalité de Cervera, qui elle aussi célèbre les sorcières pour clore la saison estivale. Il est questions de défilés, danses et performances, on y passe tous les éléments de la sorcellerie, tel que des sorcières faisant des potions autours de chaudrons jusqu’aux démons dansant avec les sorcières et ainsi de suite. D’autres municipalités ont pris des initiatives semblables au cours des dernières années, proposant des parcours et des visites de lieux culte en pleine nuit, des visites guidées, ainsi que des représentations théâtrales dans les forêts. Ces festivités sont chose courante en Catalogne comme nous pouvons le constater.

Sources:

Réunion des Sorcières de Cervera près de Barcelona (Catalogne)


https://www.barcelonaesmoltmes.cat
https://www.ara.cat/cultura/Bruixes-bandolers-Sant_Feliu_Sassera-Montseny_0_753524770.html

Mercè Rodoreda

Mercè Rodoreda i Gurguí, née à Barcelone le 10 octobre 1908 et décédée à Gérone (ville située dans le nord-est de l’Espagne en Catalogne) le 13 avril 1983 à 74 ans. C’était une écrivaine catalane, auteure de plusieurs romans et de nouvelles. Ses œuvres ont été traduites du catalan vers vingt-sept autres langues.

Mercè Rodoreda est probablement la romancière la plus importante de la littérature catalane et aussi sans doute, la plus traduite, La place du diamant est son roman le plus populaire et le plus traduit. Cette auteure est pleinement inscrite dans le XXe siècle, elle y vivra d’ailleurs la plupart de ces tragédies, dont la guerre civile espagnole et la Deuxième Guerre mondiale. La guerre civile qui l’a poussée vers un long exil et la guerre mondiale qui lui a fait vivre plusieurs événements traumatisants ont fait d’elle l’écrivaine qu’elle est devenue. En fait, sa vie est vraiment celle d’une romancière. Elle affirme avoir vécu comme il faut vivre, c’est-à-dire dangereusement. Suite à la mort de son amant Joan Prat, critique littéraire plus connu sous le pseudonyme d’Armand Obiols, à Vienne en 1972, elle décida de rentrer en Catalogne. Elle habitera à Romanyà de la Selva (prêt de Gérone dans le nord-est catalan), dans la maison de campagne de Carme Manrubia. Elle y acheva son œuvre la plus ambitieuse, Mirall trencat (1974) et le recueil de contes Viatges i flors (1980). Son dernier roman, Tant et tant de guerre, fut publié en 1980, date à laquelle Rodoreda reçut le Prix d’honneur des lettres catalanes. Elle mourut d’un cancer peu de temps après en 1983.

Le roman, La place du diamant, raconte l’histoire d’une Catalane, Natàlia, femme du peuple, originaire du quartier de Gracia à Barcelone. Avec délicatesse et discrétion, ce roman évoque son adolescence, le travail, vendeuse dans une pâtisserie du quartier, son mariage, les maternités, la mort de son mari, la guerre civile, la faim, le désespoir extrême, son remariage, etc. Ce témoignage émouvant par la simplicité d’une vie banale en apparence, mais qui se déroule pendant une époque mouvementée, la guerre civile puis les années noires qui suivent la victoire du franquisme. Tout au long de son célèbre roman, l’auteure restera toujours vague sur les détails et le déroulement de la guerre. En effet, elle utilisera ce même genre dans plusieurs de ses œuvres tel que son dernier roman Tant et tant de guerre et dans la nouvelle Nuit et brouillard. Pourtant cette guerre civile espagnole (1936-1939), où se déroule principalement l’action de La place du diamant, est particulièrement violente et fait des ravages et des victimes partout en Espagne.

 

Bibliographie :

BABELIO, Mercè Rodoreda, Biographie et Informations, [en ligne], https://www.babelio.com/auteur/Merce-Rodoreda/52270 [page consulté le 23 novembre 2017].

GALLIMARD, Du monde entier, La place du Diamant, [en ligne], http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/La-place-du-Diamant [page consulté le 29 novembre 2017].

RÀFOLS-SAGUÉS, Elisabet, chargé de cours Université de Montréal, Note de cours Panorama des littératures catalanes (automne 2017), CTL 1140.

RODOREDA, Mercè, La place du diamant ; traduit du catalan par Bernard Lesfargues ; avec la collaboration de Pierre Verdaguer. Paris: Gallimard 2006.

 

Le Canigou

Premièrement, il est important de mentionner que le poème décrit ici fait partie d’une œuvre beaucoup plus large contenue dans un livre.  Canigó est un poème épique écrit en 1886 par Jacint Verdaguer. Il est un des textes les plus emblématique de la Renaixença catalane. Il faut tout d’abord se rappeler l’importance des Pyrénées et plus particulièrement du pic du Canigou pour saisir l’ampleur du poème. Il est le plus haut sommet oriental de la chaîne des Pyrénées et par temps clair nous pouvons apercevoir la ville de Barcelone. Il est aussi connu pour héberger l’abbaye de Saint-Martin du Canigou. À quelques jours du solstice d’été, plusieurs centaines de randonneurs apportent au sommet du Canigou des bouts de bois qui seront embrassés par une flamme sacrée qui brûle depuis 1960.  Elle est ensuite redistribuée dans tous les villages catalans et même en Provence pour allumer les feux de la Saint-Jean. C’est un symbole de partage et de fraternité. Un rituel précieux aux yeux des Catalans.

Ce poème est un excellent exemple du style littéraire et poétique de la Renaixença catalane qui se situe autour de 1833 et qui se termine dans le dernier quart du XIXe siècle. Nous remarquerons la volonté de faire renaître la culture, l’histoire, le passé glorieux et la langue catalane dans la majorité des œuvres de cette époque en Catalogne. Ce mouvement culturel et nationaliste, promulgué par la nouvelle bourgeoisie catalane, s’inscrit dans le courant du romantisme européen. Le poème de Verdaguer suit une logique et il est structuré en vers et en strophe égales et rythmées en comparaison aux différents styles littéraires qui suivront telle que le modernisme, le Noucentisme et surtout de l’avant-gardisme.  Ce poème remonte aux origines de la nation catalane qui vit probablement le jour dans quelques parts dans les Pyrénées entre la France et la Catalogne. Le poème ne traite pas des frontières et des pays, mais évoque les peuples et le passé lointain de ces montagnes dont le Canigou en est le plus haut sommet : « …à hauteur d’astre, je te couronne de gloire; au-dessus il n’y a que Dieu. » Ces montagnes qui ont été aux premières loges pour contempler une bonne partie de l’histoire européenne occidentale :

« De combien de guerres le Roussillon n’a-t-il pas été le théâtre ?

Porte de l’Ibérie, combien de nations n’a-t-il vu passer?

Les montagnes, gradins de cet amphithéâtre

Ont vu sur la plage grandissante se battre plus de peuples

Que de vagues dans la mer. »

 

Bibliographie :

FRANCE INFO, 3 Occitanie,  Le Canigou : le sommet catalan, [en ligne], http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/pyrenees-orientales/perpignan/le-canigou-le-sommet-catalan-1042025.html  [page consulté le 16 novembre 2017].

RÀFOLS-SAGUÉS, Elisabet, chargé de cours Université de Montréal, Note de cours Panorama des littératures catalanes (automne 2017), CTL 1140.

WIKIPEDIA, Canigó, [en ligne], https://fr.wikipedia.org/wiki/Canig%C3%B3 [page consulté le 16 novembre 2017].

Le livre de l’ami et de l’aimé/Llibre d’amic e amat

Ramon Llull, naît en 1232 à Majorque et meurt probablement en mer au large de cette île en 1315, suite à ses blessures subies par une foule hostile à Tunis ou à Bougie. Il est sûrement l’inventeur du catalan littéraire. Il est le premier à utiliser cette langue vernaculaire en opposition à la langue véhiculaire de l’époque le latin, pour exprimer des connaissances philosophiques, scientifiques et techniques. À ses 30 ans en 1265, il subit une foudroyante conversion qui le poussa à tout abandonner pour se mettre à réfléchir et à écrire sur le christianisme et d’une méthode afin de convertir le plus de gens possible. Exactement comme le précise Michel Cazenave dans la préface du Livre de l’ami et de l’Aimé de l’édition Bartillat 2008 : « C’est peut-être là, en fin de compte, l’une des singularités des franciscains de ce siècle, qu’après avoir épuisé les délices humains, ils se retournent vers Dieu pour goûter au pur amour.». Voyageur infatigable et polyglotte il ira prêcher ses idées à travers une grande partie du monde connu de l’époque.

 

 

Voici les plus importantes Influences du Livre de l’ami et de l’Aimé :

Premièrement il y a forcément le Cantique des Cantiques, un livre de la bible faisant partie de la Septante, la version grecque ancienne de la totalité des Écritures bibliques de l’Ancien Testament. Probablement le livre de la bible le plus poétique, il fut rejeté au départ à cause de ses nombreuses images érotiques.

Deuxièmement, il y eut aussi la littérature provençale (poésie provençale) et les littératures occitanes. Les poésies des troubadours représentent en grande partie tout ce qui reste de la littérature provençale. Écrite en langue d’oc/occitans (Sud de la France) à ne pas confondre avec la langue d’oïl (Nord de la France) qui se transformera plus tard en français.

Troisièmement, la théologie arabe (mysticisme soufi) influencera aussi l’œuvre de Llull.

 

LLULL, Ramon, 2008, Le livre de l’ami et de l’Aimé, traduit du catalan par Guy Lévis Mano et Josep Palau, éditions Bartillat.

RÀFOLS-SAGUÉS, Elisabet, chargé de cours Université de Montréal, Note de cours Panorama des littératures catalanes (automne 2017), CTL 1140.

WIKIPEDIA, Cantique des Cantiques, [en ligne], https://fr.wikipedia.org/wiki/Cantique_des_Cantiques, [page consulté le 15 octobre 2017].

WIKIPEDIA, Ramon Llull, [en ligne], https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Lulle [page consulté le 10 octobre 2017].

Bataille de Muret

La bataille de Muret fait partie de la croisade contre les Albigeois qui dura de 1208 à 1248. À cette époque le Pape Inocent III, essai de convaincre le comte Raimon VI de Toulouse en menant une expédition contre les cathares, aussi appelés «Albigeois». Ces Albigeois sont issus d’une secte qui naquit dans le nord de l’Italie. Cette doctrine simple et exigeante, prône le retour à la pureté de l’Évangile et dénonce le luxe et la richesse de l’Église médiévale, elle se diffuse très rapidement dans le Midi toulousain. Le comte refuse alors de prendre les armes contre ses propres sujets. Le Pape Inocent III réussit alors à se trouver des alliés français pour mater les hérétiques. Ce sera la première croisade sur des terres chrétiennes contre des gens adorateur du Christ. Le roi de France Philippe Auguste préfère se tenir en réserve. En bon politicien, il ne veut pas altérer son image dans une guerre contre des gens qui sont formellement ses sujets.

En quoi tout ceci concerne-t-il la couronne d’Aragon et de Catalogne ? Par un jeu d’alliance et de mariage, le roi d’Aragon Pierre II est le beau-frère du comte Raimon VI de Toulouse. Ils sont aussi de fervents catholiques, mais ils craignent non sans raison que les croisés leurs enlèvent leurs droits, leurs terres et leurs coutumes sous prétexte de religion.

Au début de la bataille, le comte et le roi vont assiéger ensemble le petit château de Muret, aux confins de la Garonne et de la Louge. Situé à vingt-cinq kilomètres au sud de Toulouse, il est occupé par une trentaine de chevaliers et quelques fantassins. Simon de Montfort, chevalier opportuniste au service du Pape accourt à leur rescousse avec le gros de ses troupes, soit environs neuf cents hommes et réussira à faire rentrer ses troupes dans le château courant le risque d’être lui-même assiégé.

Pierre II d’Aragon fière de sa victoire de Las Navas de Tolosa sur les musulmans veut absolument une bataille rangée dans laquelle une victoire lui attirerait encore plus de gloire et de prestige et non un siège de plusieurs mois. Simon de Montfort, en habile stratège en sachant pertinemment qu’il ne pourrait supporter un long siège feint la retraite par le sud. Pierre II d’Aragon confiant de sa supériorité numérique et tactique se jeta sur les troupes de Monfort sans attendre les troupes du conte de Toulouse. En effet, celui-ci refusa de poursuivre Simon de Montfort en sachant pertinemment ses intentions et en connaissant ses habiletés stratégiques. La défaite fut totale et humiliante le roi d’Aragon y perdit la vie et plus d’un millier de ses meilleurs chevaliers ainsi que 5000 fantassins. Son fils héritier de 6 ans, Jacques (futur Jacques I, Le Conquérant), fut aussi fait prisonnier, l’armée de Monfort ne perdit qu’une poignée d’hommes. Cette défaite signa véritablement la fin de la présence catalane en Occitanie.

Sources:

 

La conquête de la Nouvelle Catalogne, du Royaume de Valence et de Majorque

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Muret

https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article14223

 

L’humanisme de Jordi Savall

Comme Ramon Llull bien longtemps avant lui, le célèbre gambiste et chef d’orchestre Jordi Savall cherche à transcender les frontières culturelles et religieuses grâce à l’Art, moins comme un système raisonné véhiculé à travers le style, mais par la musique et l’émotion.

Avec des dizaines d’années de carrière à son actif, le répertoire de Jordi Savall comporte désormais une liste impressionnante de réalisations. Avec ses divers ensembles, il interprète ou dirige la musique du Moyen Âge, de la Renaissance, des siècles baroques : El llibre vermell de Montserrat, Les routes de l’esclavage, Venise millénaire, Les éléments, Ramon Llull, temps de conquestes… Plutôt que de se pencher sur une seule œuvre, Savall collecte des airs provenant de régions variées, autant en Occident qu’en Orient, les regroupe par thème, les fait communiquer entre eux. À travers ses choix musicaux et à travers sa pensée humaniste se distinguent deux thèmes cruciaux.

Le dialogue dans la dignité

« La musique va droit au cœur, n’a pas besoin de traduction, n’a pas de langage. C’est un langage qu’on comprend avec le cœur, avec l’émotion »

Jordi Savall prononce ces paroles lors d’une entrevue au cœur de la « jungle » de Calais, où il est allé donner un concert. Il le répète dans plusieurs entrevues : la musique est une « fórmula per garantir la pau » (un moyen pour la paix). De la dignité de tous découle l’égalité, puis le dialogue. ” Music is probably today one of the last bridges that we have for bringing people from different cultures and religions together.” En insistant sur les ressemblances entre les méthodes et styles de la musique orientale et européenne au Moyen Âge, Savall insiste encore sur le dialogue que peut enclencher la musique.

L’idée de la dignité revient souvent dans ses paroles : les gens de toutes les cultures et religions doivent être traités comme les êtres humains qu’ils sont. Concrètement, il a aussi créé en France le Projet Orpheus XXI, un ensemble de musiciens réfugiés. L’universalité de la musique peut créer des ponts salutaires entre cultures.

Outre le dialogue entre cultures, Savall mentionne aussi le dialogue avec les jeunes. Dans une entrevue, il aborde l’impact qu’a eu le film Tous les matins du monde (dont il a interprété la bande-sonore). L’immense succès de cette œuvre a permis de faire connaître la musique baroque à des jeunes, et à des gens dont elle n’était pas au départ le public-cible. Encore là, c’est l’émotion créée par la musique qui inspire. Ensuite, il s’agit d’éduquer…

L’obsession de la mémoire

Dans une entrevue du NY Times, Savall aborde le décès de sa femme, la soprano Montserrat Figueres,  dans ces termes : “It’s an important part of my repertory I had with my wife that we’ll never play anymore. Because I don’t think I will find another person who can do this music in a way that will support it. I don’t know any. I have nice singers, but I don’t have any singer that sings with the same spirit as Montserrat.”

Plusieurs années après la mort de Figueres, il déplore la musique qui est disparue, qui est retournée dans l’oubli. Et cette préoccupation permet d’introduire tout un aspect de la pensée derrière les efforts de Savall : la mémoire, l’histoire, au cœur de tout.

Au début de sa carrière, l’artiste se dévoue à la cause de la musique ancienne, peu connue du grand public. En 1991, il se réjouit d’avoir pu contribuer à sortir de l’oubli les œuvres du gambiste Martin Marais dans Tous les matins du monde. En 2016 sort le disque sur Ramon Llull, qui regroupe des compositions arabes, perses, catalanes, mais aussi des textes de l’époque. En 2017, reprenant l’opéra Teuzzone de Vivaldi, Savall regrette que les opéras de ce compositeur pourtant célèbre soient tombés dans l’oubli.

Un exemple plus fort encore : l’immense collection que sont les œuvres des Routes de l’esclavage. À ce sujet, il dit :

«Voilà un des plus grands crimes de la civilisation occidentale. Commis pendant plus de quatre siècles, ce crime n’a jamais été reconnu à sa juste mesure par les nations esclavagistes. Il n’y a eu aucune procédure de compensation pour toutes ces populations asservies, maltraitées, massacrées, tuées, oubliées. Peu de gens en connaissent l’histoire en profondeur.»

Et en quoi diffuser leur musique y change quelque chose? Pour Savall, la relation entre histoire et musique est centrale. « We need to use music to understand history. Music is history alive.» Il insiste sur le contact qui se créé entre les époques. En écoutant une chanson d’un autre temps, nous vivons la même expérience que les peuples d’antan.

Et, pour terminer, il adresse ces mots dans sa lettre refusant le Premio Nacional de Música en 2014 : « La ignorància i l’amnèsia són la fi de tota civilització perquè sense educació no hi ha art i sense memòria no hi ha justícia. » (L’ignorance et l’amnésie sont la fin de toute civilisation, car sans éducation il ne peut y avoir d’art et sans mémoire il ne peut y avoir de justice.)

Pour ce « defensor de repertoris adormits » (défenseur de répertoires endormis), il faut donc se démener pour sauver ces œuvres de l’oubli, car la musique seule garantira le contact entre des civilisations qui, depuis des siècles, peinent à s’écouter.

France Info – Jordi Savall ouvre son orchestre aux musiciens réfugiés avec le projet Orpheus

VilaWeb – Carta de Jordi Savall a José Ignacio Wert renunciant al Premio Nacional de Música

Ara.cat – Jordi Savall rescata la màgia de Vivaldi

Ara.cat – La passió i la sensibilitat de Jordi Savall

TV3 – Jordi Savall serà legat d’honor de la cultura catalana

TV3 – CATALUNYA MÚSICA 30 ANYS – PROGRAMACIÓ ESPECIAL – 10/05/2017

The New York Times – Jordi Savall’s Never-Ending Repertory

TV3 – EL MATÍ DE CATALUNYA RÀDIO – 31/10/2014

La Presse – La mémoire de Jordi Savall

Centre internacional de música antiga – Entrevue : Jordi Savall on Art through Education

Ramòn Berenguer IV

Né en 1131, fils de Ramòn Berenguer III et Dolça de Gavaudan (Douce de Gévaudan) il fut le comte de Barcelone ainsi que de Gérone. On l’appelait également le Saint. Il se maria à l’âge de 24 ans avec Pétronille d’Aragon alors âgée de 14 ans, héritière du royaume du même nom, ce qui eut pour effet d’assurer l’union de ses domaines, ainsi que ceux du royaume d’Aragon. Cette union était prévue par les accords matrimoniaux de Barbastro dés 1137. Les conquêtes de Ramòn IV s’Étendent vers le sud (voir image 1), principalement contre les règnes Musulmans.

Rapidement, Raimond-Bérenger IV entame la reconquête de plusieurs villes aragonaises, perdues à la suite de la défaite de Fraga : en 1141, il a déjà repris, dans la vallée de l’Ebre, Pina de Ebro et Velilla de Ebro, et dans la vallée du CincaAlcolea de Cinca et Chalamera. En 1142, c’est au tour de Monzón, tandis qu’il organise le repeuplement de Daroca.

Ramòn IV continue ses conquêtes sous la forme de croisades jusqu’en 1156, 6 ans avant sa mort. Tous ses territoires conquis seront redistribués à ses fils et sa femme en 1162.