Tous les articles par Diego Cantu Patiño

Sport Universitaire Catalogne/Québec : où sont les étudiants les plus passionnés ?

Le 28 septembre 2018, à l’entrée du stade de football du CEPSUM, je retrouvai Èric, un étudiant en échange venu directement de l’Universitat Pompeu Fabra en Barcelone, pour assister à son premier match de football américain : les Carabins de l’Université de Montréal contre le Vert & Or de Sherbrooke.

Moi, j’avais des lignes de guerre sur le visage, un pull aux couleurs de l’équipe, le blason des Bleus et le poing en l’air ; Èric me dévisageait. C’est même tout le match qu’il dévisagea  (une belle victoire pour la Montagne, 43-2), et vers la fin, je ne fus pas privé de ses commentaires : jamais n’avait-il vu autant d’engouement pour le sport étudiant en Catalogne, seulement lors des matchs de soccer du Barça…

Un an plus tard, j’assistai au match McGill vs. Carabins, le 4 octobre 2019, et à une nouvelle victoire pour la Montagne : 21-3. L’étonnement d’Èric me revint alors en tête, tout comme mes questions de l’époque : existe-t-il des équipes sportives universitaires en Catalogne ? Sont-elles organisées comme celles du Québec ? Surtout, les étudiants catalans soutiennent-ils leurs équipes avec autant de passion que les québécois ?
C’est pour y répondre que je vous propose aujourd’hui de faire avec moi un rapide survol du sport universitaire en Catalogne.

A punt ? Doncs endavant !

Avant toute chose, il faut savoir que les Pays Catalans comptent au moins 23 universités, dont la plupart se trouvent en Catalogne. À elle seule, elle en rassemble 12, parmi lesquelles je me suis permis d’en choisir 4 qui me semblaient être à l’image du quatuor montréalais: l’Universitat Ramon Llull ou URL (privée), l’Universitat Internacional de Catalunya ou UIC (privée), l’Universitat de Barcelona ou UB (publique) et l’Universitat Pompeu Fabra ou UPF (publique).

J’ai également découvert l’existence de l’ECU (Esport Català Universitari, ou Sport Catalan Universitaire), organisme équivalent du RSÉQ (Réseau du Sport Étudiant du Québec) qui coordonne les différentes équipes de sport universitaire, les Lligues Universitàrias (Ligues Universitaires) et les Campionats de Catalunya Universitaris (Championnats Universitaires de Catalogne). Chaque année scolaire, une université différente est chargée de les organiser, sous la direction de l’ECU.

Ces mêmes universités offrent toutes des services sportifs accessibles par tous les étudiants de leurs campus, à la façon des universités québécoises. Cependant, toutes ne disposent pas de terrains sportifs privés : ainsi l’UPF emprunte-t-elle ses terrains à l’Universitat Politécnica de Catalunya, tandis que l’UIB offre plusieurs réductions et abonnements spéciaux à ses étudiants dans plusieurs gymnases et centres sportifs de la ville, service que l’on retrouve également chez l’URL en partenariat avec le Centre sportif municipal Can Caralleu et La Salle (Sport & Fitness). Seule l’UB semble posséder un complexe sportif à même de se mesurer aux complexes québécois : piscine (ci-dessous), champ de rugby, piste d’athlétisme, champ de soccer, champ de lancer de poids, cours de tennis et de padel, sans oublier une salle de musculation… il ne manquerait qu’un mur d’escalade et un bassin de plongeon pour rivaliser avec le CEPSUM de l’UdeM ou le PEPS de l’Université Laval !

C’est d’ailleurs l’une des activités dirigées proposées par l’URL, avec entre autres une sélection d’arts martiaux, escrime, tennis de table, badminton, yoga, tai-chi et méditation. L’UPF et UB se limitent à quelques cours, mais cette dernière offre en contrepartie le sport solidaire, soit une initiative pour former des équipes sportives parmi les jeunes issus de communautés marginalisées et fragilisées de Barcelone.

Et en parlant d’équipes, il faut premièrement les distinguer, à l’instar des universités québécoises, des ligues sportives et des clubs. En effet, les Lligues Universitèrias regroupent 7 universités de Barcelone et quatre disciplines : volleyball, basquet, soccer et soccer d’intérieur ; les équipes peuvent être formées par n’importe quel regroupement étudiant, sans égard à leur niveau, pour s’affronter lors de tournois interuniversitaires.

Les équipes, quant à elles, permettent de participer aux CCU coordonnés par le ECU, et se rapprocheraient du concept québécois de sport d’excellence, où entrent en jeu nos Carabins, les Stingers, les McGills, les Citadins, le Rouge & Or de Laval, le Vert & Or de Sherbrooke, les Gee Gees d’Ottawa, etc. Le soccer, le volleyball et le basquet sont offerts par les quatre universités, avec une addition de rugby et de handball pour l’UB et l’UIB ; l’URL est la seule à présenter une équipe de Castellers. Quant aux sports individuels, tels que l’athlétisme ou la natation, ils ne semblent pas être regroupés en équipes à la façon des universités québécoises, mais peuvent être représentés au CCA.

Ce qui m’a le plus interpellé, c’est que si ces équipes défendent le nom, les couleurs et le blason de leur alma mater, et possèdent parfois une mascotte ou un logo particulier (le dragon vert de l’URL par exemple, que vous pouvez voir dans une vidéo de leur site web, en lien ci-dessous), elles ne semblent avoir ni prénom qui fasse polémique dans les journaux (tels les Redmen de McGill), ni matériel promotionnel ou boutiques spécialisées. Pour ce qui est de leur médiatisation, je ne suis pas en mesure de la comparer à celle du Québec.

Finalement, l’UIB et l’UPF offrent un soutient particulier aux étudiants d’alt nivell (sport de haut niveau) qui souhaiteraient s’illustrer dans des compétitions d’autant plus sérieuses. Ainsi, l’UPF en compte 62, à rajouter aux 1472 étudiants inscrits à des activités sportives et aux 81 équipes de l’UPF participant à des compétitions. Cela n’est pas sans rappeler les 11 clubs sportifs de l’UdeM et ses 500 étudiants inscrits aux 13 équipes sportives des Carabins, dont ceux qui se sont illustrés en Italie lors des Universiades, ou les nageuses ayant défendu ces mêmes couleurs aux Jeux Olympiques de Rio.

Il semble donc évident qu’autant la Catalogne que le Québec s’inquiètent du développement sportif et athlétique de leurs étudiants. Et pourtant, j’ai la forte impression qu’il y a divergence sur le plan culturel : si les catalans ne manquent pas de passion lors des matchs du Barça, les québécois me semblent plus prêts à soutenir l’équipe de soccer de Carabins avec autant d’ardeur que l’équipe professionnelle de l’Impact de Montréal.

Intuition sans fondements, ou curieuse différence culturelle ? Je ne le sais encore, mais je comprends de mieux en mieux l’étonnement d’Èric en ce match du 28 septembre, face à la folie des udemiens lorsqu’il s’agissait de défendre la Montagneu.

SOURCES

UNIVERSITAT DE BARCELONA. Esports. Mise à jour en 2019. [En ligne] http://www.ub.edu/esports/ [consulté le 10 octobre 2019]

ESPORT CATALÀ UNIVERSITARI. E.C.U. Mise à jour en 2019. [En ligne] https://esportuniversitari.cat/ecu/ [consulté le 10 octobre 2019]

UNIVERSITAT RAMON LLULL. Servei d’Esports. Mise à jour en 2019. [En ligne]. https://www.url.edu/ca/serveis/servei-esports [consulté le 10 octobre 2019]

UNIVERSITAT POMPEU FABRA. Esports. Mise à jour en 2019. [En ligne] https://www.upf.edu/web/esports [consulté le 10 octobre 2019]

UNIVERSITAT INTERNACIONAL DE CATALUNYA. Esports. Mise à jour en 2019. [En ligne]. https://www.uic.es/ca/esports [consulté le 10 octobre 2019]

GENERALITAT DE CATALUNYA. Universitats i Reserca : Universitats de Catalunya. Mise à jour en 2019. [En ligne]. http://universitatsirecerca.gencat.cat/ca/01_secretaria_duniversitats_i_recerca/universitats_i_recerca_de_catalunya/universitats/universitats_de_catalunya/ [consulté le 10 octobre 2019]

ALTILLO. Universidades de Barcelona (España). Mise à jour en 2018. [En ligne]. https://www.altillo.com/universidades/espana/universidades_espana_barcelona.asp [consulté le 10 octobre 2019]

UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL. CARABINS. Mise à jour en 2019. [En ligne]. https://carabins.umontreal.ca/ [consulté le 10 octobre 2019]

UNIVERSITÉ MCGILL. McGill Athletics and Recreation. Mise à jour en 2019. [En ligne]. https://mcgillathletics.ca/ [consulté le 10 octobre 2019]

Le Régime Méditerranéen, patrimoine immatériel de l’Humanité

“Nous ne nous asseyons pas à la table pour manger, mais pour manger ensemble. » disait Plutarque au Ier siècle après J.-C., et il n’y aurait meilleure façon de décrire, sommairement, le Régime Méditerranéenne.Alors qu’au XXIème siècle, un nouveau régime fait son apparition chaque mois sur les comptes instagram, le régime méditerranéen a su non seulement résister aux tendances des magazines santé, mais il s’est également mérité une place permanente dans la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO. Et pourquoi ? Outre ses grands bénéfices pour la santé, il est aussi le fruit d’un partage international unique au monde.


Le Bassin Méditerranéen compte, à lui-seul, 21 pays sur tout son littoral, ayant tous leurs traditions culinaires ; or c’est le fait d’avoir cette zone géographique en commun qui a fait en sorte qu’un ensemble d’aliments, de coutumes, de méthodes et de valeurs soient partagés par ces différents peuples.


Si un ou plusieurs de ces éléments peuvent apparaître dans les traditions gastronomiques des pays du bassin, seulement 7 communautés, au sein de 7 pays, sont retenus par le classement de l’UNESCO comme représentantes du Régime : Agros en Chypre, les îles de Hvar et Brac en Croatie, Soria en Espagne, Coron en Grèce, Cilento en Italie, et Chefchaouen au Maroc. Malgré la distance géographique, ces pays sont liés par un patrimoine culturel commun qui comprend des techniques et des méthodes d’exploitation du territoire afin de subvenir aux besoins alimentaires de leur population, un climat similaire qui permet la culture d’aliments communs, et une série de valeurs et de traditions qui régissent ce système socio-économique.


Parmi ceux-là, l’on trouve quatre grands principes. Premièrement, le principe de Frugalité dresse une liste hiérarchisée d’aliments qui favorise la consommation de céréales, légumineuses, légumes, fruits et végétaux, véritable base de la pyramide alimentaire méditerranéenne. En contrepartie, il modère la consommation de volaille, poisson, produits laitiers et œufs, et limite les apports en viande rouge, charcuterie et sucreries. À cela, l’on rajoute l’Huile d’Olive et le Sel, deux grands piliers de la culture méditerranéenne, et l’on citerait également le vin, pour que soit complète la triade « pa vi i oli », comme diraient les Catalans.


Les trois autres principes régulent, quant à eux, l’exploitation du territoire pour obtenir ces mêmes ressources : le principe de Saisonnalité dicte la consommation de ces mêmes produits en fonction de cycles saisonniers ; celui de Diversité insiste sur la variété des aliments, et le principe d’approvisionnement local limite leurs origines au territoire habité.


De nombreuses études ont démontré que cette organisation alimentaire était optimale pour la santé, en ce qu’elle limitait les risques de maladies cardio-vasculaires liées au cholestérol, d’où la popularité du régime dans le monde de la santé. L’exercice physique est, bien entendu, à rajouter, mais l’on s’imagine que pour les chasseurs et agriculteurs de l’Antiquité, la question ne se posait même pas.


Finalement, ce système vit et survit au moyen de valeurs fondamentales, telles que l’Hospitalité, le Dialogue, la Solidarité, la Convivialité, la Continuité et la Transmission. Celles-ci ressortent dans chacune des étapes du régime, depuis l’exploitation, jusqu’à la transformation, la préparation, et surtout, la consommation des aliments. Alors que les marchés ouvrent un dialogue entre les membres de la communauté, les cuisinent permettent la transmission de ces savoirs, et les repas en famille assurent la convivialité des différents membres.


Si tous ces éléments sont présents dans la gastronomie des pays, fruit de ce mélange de « mar i muntanya », il est un plat, le plus emblématique de cette culture, qui serait à même de représenter également le Régime Méditerranéen : el pa amb tomaquet, ou, pain avec tomate, selon Manuel Vazquéz Montalbán, véritable « prodige de koiné culturelle qui matérialise la rencontre entre la culture européenne du blé, celle, américaine, de la tomate, l’huile d’olive méditerranéenne et le sel, ce même sel de la terre qui consacra la terre chrétienne. Et il apparaît que les catalans auraient inventé ce prodige alimentaire il y a moins de deux siècles, mais avec tant de conscience dans leur recherche qu’ils en ont fait une marque de leur identité, au même titre que la langue ou le lait maternel »1.
Et l’on peut s’imaginer que, comme le disait Plutarque, les Catalans mangent cela ensemble.

1. Traduction libre, tirée de : WIKIPEDIA. Pan con tomate. Mise à jour le 13 septembre 2019. [En ligne]. https://es.wikipedia.org/wiki/Pan_con_tomate [consulté le 9 octobre 2019]

UNESCO, Patrimoine Culturel Immatériel. La diète méditerranéenne. Mise à jour le X 2019. [En ligne]. https://ich.unesco.org/fr/RL/la-diete-mediterraneenne-00884 [consulté le 12 septembre 2019]

WIKIPÉDIA. Régime méditerranéen. Mis à jour le 14 septembre 2019. [En ligne]. https://ca.wikipedia.org/wiki/Dieta_mediterr%C3%A0nia [consulté le 03 octobre 2019]

VIQUIPÈDIA. Dièta mediterrània. Mis à jour le 3 octobre 2019. [En ligne]. https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gime_m%C3%A9diterran%C3%A9en [consulté le 03 octobre 2019]

SOS CUISINE. Les 7 grands principes de la diète méditerranéenne. Mis à jour le 23 juin 2014. [En ligne]. https://www.soscuisine.com/blog/les-7-grands-principes-de-la-diete-mediterraneenne/?lang=fr [consulté le 03 octobre 2019]