L’humanisme de Jordi Savall

Comme Ramon Llull bien longtemps avant lui, le célèbre gambiste et chef d’orchestre Jordi Savall cherche à transcender les frontières culturelles et religieuses grâce à l’Art, moins comme un système raisonné véhiculé à travers le style, mais par la musique et l’émotion.

Avec des dizaines d’années de carrière à son actif, le répertoire de Jordi Savall comporte désormais une liste impressionnante de réalisations. Avec ses divers ensembles, il interprète ou dirige la musique du Moyen Âge, de la Renaissance, des siècles baroques : El llibre vermell de Montserrat, Les routes de l’esclavage, Venise millénaire, Les éléments, Ramon Llull, temps de conquestes… Plutôt que de se pencher sur une seule œuvre, Savall collecte des airs provenant de régions variées, autant en Occident qu’en Orient, les regroupe par thème, les fait communiquer entre eux. À travers ses choix musicaux et à travers sa pensée humaniste se distinguent deux thèmes cruciaux.

Le dialogue dans la dignité

« La musique va droit au cœur, n’a pas besoin de traduction, n’a pas de langage. C’est un langage qu’on comprend avec le cœur, avec l’émotion »

Jordi Savall prononce ces paroles lors d’une entrevue au cœur de la « jungle » de Calais, où il est allé donner un concert. Il le répète dans plusieurs entrevues : la musique est une « fórmula per garantir la pau » (un moyen pour la paix). De la dignité de tous découle l’égalité, puis le dialogue. ” Music is probably today one of the last bridges that we have for bringing people from different cultures and religions together.” En insistant sur les ressemblances entre les méthodes et styles de la musique orientale et européenne au Moyen Âge, Savall insiste encore sur le dialogue que peut enclencher la musique.

L’idée de la dignité revient souvent dans ses paroles : les gens de toutes les cultures et religions doivent être traités comme les êtres humains qu’ils sont. Concrètement, il a aussi créé en France le Projet Orpheus XXI, un ensemble de musiciens réfugiés. L’universalité de la musique peut créer des ponts salutaires entre cultures.

Outre le dialogue entre cultures, Savall mentionne aussi le dialogue avec les jeunes. Dans une entrevue, il aborde l’impact qu’a eu le film Tous les matins du monde (dont il a interprété la bande-sonore). L’immense succès de cette œuvre a permis de faire connaître la musique baroque à des jeunes, et à des gens dont elle n’était pas au départ le public-cible. Encore là, c’est l’émotion créée par la musique qui inspire. Ensuite, il s’agit d’éduquer…

L’obsession de la mémoire

Dans une entrevue du NY Times, Savall aborde le décès de sa femme, la soprano Montserrat Figueres,  dans ces termes : “It’s an important part of my repertory I had with my wife that we’ll never play anymore. Because I don’t think I will find another person who can do this music in a way that will support it. I don’t know any. I have nice singers, but I don’t have any singer that sings with the same spirit as Montserrat.”

Plusieurs années après la mort de Figueres, il déplore la musique qui est disparue, qui est retournée dans l’oubli. Et cette préoccupation permet d’introduire tout un aspect de la pensée derrière les efforts de Savall : la mémoire, l’histoire, au cœur de tout.

Au début de sa carrière, l’artiste se dévoue à la cause de la musique ancienne, peu connue du grand public. En 1991, il se réjouit d’avoir pu contribuer à sortir de l’oubli les œuvres du gambiste Martin Marais dans Tous les matins du monde. En 2016 sort le disque sur Ramon Llull, qui regroupe des compositions arabes, perses, catalanes, mais aussi des textes de l’époque. En 2017, reprenant l’opéra Teuzzone de Vivaldi, Savall regrette que les opéras de ce compositeur pourtant célèbre soient tombés dans l’oubli.

Un exemple plus fort encore : l’immense collection que sont les œuvres des Routes de l’esclavage. À ce sujet, il dit :

«Voilà un des plus grands crimes de la civilisation occidentale. Commis pendant plus de quatre siècles, ce crime n’a jamais été reconnu à sa juste mesure par les nations esclavagistes. Il n’y a eu aucune procédure de compensation pour toutes ces populations asservies, maltraitées, massacrées, tuées, oubliées. Peu de gens en connaissent l’histoire en profondeur.»

Et en quoi diffuser leur musique y change quelque chose? Pour Savall, la relation entre histoire et musique est centrale. « We need to use music to understand history. Music is history alive.» Il insiste sur le contact qui se créé entre les époques. En écoutant une chanson d’un autre temps, nous vivons la même expérience que les peuples d’antan.

Et, pour terminer, il adresse ces mots dans sa lettre refusant le Premio Nacional de Música en 2014 : « La ignorància i l’amnèsia són la fi de tota civilització perquè sense educació no hi ha art i sense memòria no hi ha justícia. » (L’ignorance et l’amnésie sont la fin de toute civilisation, car sans éducation il ne peut y avoir d’art et sans mémoire il ne peut y avoir de justice.)

Pour ce « defensor de repertoris adormits » (défenseur de répertoires endormis), il faut donc se démener pour sauver ces œuvres de l’oubli, car la musique seule garantira le contact entre des civilisations qui, depuis des siècles, peinent à s’écouter.

France Info – Jordi Savall ouvre son orchestre aux musiciens réfugiés avec le projet Orpheus

VilaWeb – Carta de Jordi Savall a José Ignacio Wert renunciant al Premio Nacional de Música

Ara.cat – Jordi Savall rescata la màgia de Vivaldi

Ara.cat – La passió i la sensibilitat de Jordi Savall

TV3 – Jordi Savall serà legat d’honor de la cultura catalana

TV3 – CATALUNYA MÚSICA 30 ANYS – PROGRAMACIÓ ESPECIAL – 10/05/2017

The New York Times – Jordi Savall’s Never-Ending Repertory

TV3 – EL MATÍ DE CATALUNYA RÀDIO – 31/10/2014

La Presse – La mémoire de Jordi Savall

Centre internacional de música antiga – Entrevue : Jordi Savall on Art through Education

Chasse aux sorcières

Résumé de l’article publié sur la sorcellerie..

L’article du devoir sur la chasse aux sorcières a été publié le 10 février dernier dans la rubrique société par Jean-françois Nadeau suite à la visite des historiens Pan Castell et Martine Ostoreo spécialistes en démonologie et sorcellerie. C’est-à-dire la croyance reliée aux démons et sorcières.

Monsieur Castell explique premièrement que l’état d’exception juridique était courant afin de se livrer à la chasse aux sorcières au Moyen- âge (apogée entre 1430 et 1560/1580 selon wikipedia). L’état d’exception étant la suspension du droit commun au XVè siècle. Les inquisiteurs qui jugeaient, devaient avoir toute la liberté pour le faire et par le fait même, les ducs et les seigneurs renonçaient donc à leur liberté/pouvoir. L’étude de la sorcellerie selon les auteurs, serait fascinante car elle se traduit par l’inscription d’étudiants pour un cours en ligne à l’université de Barcelone. Cette sorcellerie mise à l’écran et publiée dans les récits des romans d’Harry Poter aurait été un élan favorisant cet intérêt.

À la fin du XVè siècle presque toutes les raisons étaient bonnes pour croire à la sorcellerie. L’influence négative des sorcières et démons pouvait avoir un impact sur la production/les récoltes, l’explication de certains fléaux naturels ou actes sexuels jugés déviants. Les gens croyaient que les réunions nocturnes des sorcières (ces femmes en chair et en os) y étaient pour quelque chose et ces femmes seront dorénavant inculpées et torturées jusqu’à relater les faits jugés démoniaques et par la suite exécutées.

Entre le XV et XVIIè siècle dans des textes, cette superstition se répandra rapidement selon les auteurs et les femmes subiront cette répression de crimes imaginaires. Elles étaient impuissantes devant les accusations non fondées ( ouÏ- dire) et en subissaient la mort. Cette persécution de personnes était en fait les mêmes discours que celles des politiques d’exclusion qu’ont vécu certains peuples/groupes (ex les Juifs), à la différence qu’on jugeait  ici des individus et non des groupes. Selon Madame Ostorero à cette époque en Suisse 70 % des personnes incriminées étaient des hommes. La femme étant toutefois une cible facile puisqu’elle sera accusée pour son rapport, son lien et son savoir des objects domestiques ou la pratique des accouchements.

Monsieur Castell précise également que la démonologie et la sorcellerie seraient reliés à l’importance de matérialiser un pouvoir et explique qu’il existe un lien direct entre des états forts et le faible nombre de procès de sorcellerie. À l’inverse, ceux-ci seraient nombreux dans les régions très éloignées ou dans de petits villages. Les auteurs concluent qu’en présence d’un pouvoir bien défini dans une société, la sorcellerie trouve moins bien sa place !

Quant à ma réflexion personnelle sur le sujet…la chasse aux sorcières n’est-elle pas le fruit de l’ignorance, de la non connaissance des faits en partie…

Martine