Histoire d’une rencontre

Il était une fois une révolution industrielle qui menait grand train à travers l’Europe et jusque par delà l’Atlantique.  Avide de modernité et  friande d’urbanité elle ne ratait jamais un rendez-vous avec l’Histoire.  Un jour son chemin croisa celui d’un ingénieur des ponts.  Un homme réfléchi et visionnaire qui su faire écho aux aspirations de cette maîtresse insatiable sans qu’il eut à lui sacrifier son humanisme et son penchant pour l’égalitarisme. Cette heureuse rencontre se passe à Barcelone au milieu du XIXe siècle.  Originaire de l’Osona, une comarque de la province de Barcelone, l’homme se nomme Ildefons Cerdà.

La trame de leur histoire commence quelque 19 années avant leur union officielle. En 1841 la mairie de Barcelone commande des études en vue d’agrandir la ville.  On devra se résoudre à abattre les murailles de la vieille ville.  Une population devenue trop importante  s’y entasse, les conditions de vie deviennent insalubres. Au final, c’est le plan Cerdà qui remporte la faveur de la mairie et du gouvernement central,  la décision est entérinée le 8 juillet 1860.

La révolution industrielle aura donné matière à réflexion  à plusieurs penseurs de divers pays et sur plus d’un plan : économique, philosophique, politique et… urbanistique.  L’ingénieur, témoin de changements sociétaux émanant des usines et mus à la vapeur avec une rapidité jamais égalé dans l’Histoire, passera enfin des idées à la mise en chantier de l’Eixample. Les considérations humaines et égalitaires prévaudront sur les considérations matérielles dans ce projet d’expansion. C’est mathématique : les écoles, hôpitaux, parcs, marchés, églises, espaces verts, même les platanes se verront répartis également dans tous les quartiers.

Singuliers, les îlots d’habitation de forme carrée avec des coins à 45° sont conçus de telle sorte que chaque logement possédera sa cour intérieure et jouira d’un ensoleillement à un moment ou à une autre de la journée.  Hygiène et salubrité obligent : de par leur orientation, tous les édifices bénéficieront d’une ventilation naturelle.

La planification des voies de circulation dans la ville et inter-cités est tournée vers l’avenir.  En 1851 Ildefons Cerdà disait :

 « Lorsque les voies de chemin de fer seront généralisées, toutes les nations européennes seront une ville unique, toutes les familles ne feront qu’une, et leurs formes de gouvernements seront les mêmes »

On dit qu’avec la publication de sa Teoría General de la Urbanización en 1867, Cerdà aura fait de l’urbanisme une discipline à part entière.

Bien sûr, au fil des ans la spéculation s’appliquera à travestir le dessein de Cerdà.  Le rêve d’Ildefons ne sera pas demeuré intact jusqu’à la fin des temps car l’embourgeoisement, c’est bien connu, mène toujours grand train partout où il choisi de s’installer.

Danielle Bélisle

https://www.casabatllo.es/fr/histoire/barcelona-modernisme/plan-cerda/

http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/02/01/a-cerda-inventeur-de-l-urbanisme-moderne-barcelone-reconnaissante_1299555_3246.html

http://www.universalis.fr/encyclopedie/urbanisme-theories-et-realisations/

http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/urbanisme/100337

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Plan_Cerd%C3%A0

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gentrification

Une réflexion sur « Histoire d’une rencontre »

  1. Wow, c’était un article très intéressant ! J’ai bien aimé la façon dont vous avez donné un rôle actif à cette révolution industrielle qui façonne effectivement nos villes et sociétés. Je trouve que le travail de Cerdà fait un peu écho à celui de Haussmann à Paris à la même époque ; une grande réorganisation urbaine !

    J’ai trouvé un petit document traitant des idées et des plans de Cerdà. On y trouve de nombreux exemples illustrés si jamais vous avez envie d’y jeter un coup d’œil : https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/1204/files/2013/02/cerda-Barcelone.pdf

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